Guerre de Libération : Les Algériens de Coeur et de Conviction

De l'époque numide aux temps modernes.
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AAF 2020
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Re: Guerre de Libération : Les Amis de l'Algérie

Message par AAF 2020 » 04 mars 2017, 11:20

Témoignage :AUX ORIGINES DE L'AMITIÉ ALGÉRO-CHINOISE : Des fellagas à Pékin

Souvent, lorsque je traverse Alger, je suis attiré par les grands chantiers aux palissades frappées des noms d'entreprises en caractère chinois. Ces fourmilières industrieuses et affairées toutes à leur besogne ne manquent jamais de réveiller dans mon esprit le souvenir ici gravé dans ma mémoire de mon voyage en Chine avec la délégation militaire de l'ALN conduite par mon frère de combat et ami, le commandant Omar Oussedik, alors secrétaire d'Etat à la guerre du GPRA.
Les lignes qui vont suivre et qui retracent dans le détail notre mission historique dans ce fabuleux pays rapportent une conversation échangée avec Si Omar, notre chef de mission, au début des années 80.
Enregistrée, décryptée et transcrite il y a de cela plus de 35 ans, je la livre telle quelle aux lecteurs du Soir d'Algérie.
En ce printemps de l'année 1959 se crayonnait l'échéance encore floue des premières négociations entre le FLN et le gouvernement français, qui allait avoir lieu en juin à Melun, non loin de Paris. Un terme aux contours mal définis, comme une ébauche grossière d'une œuvre à façonner, c'est à cette période que je découvrais la Chine... Géant qui s'éveillait sous les yeux d'un monde éberlué de tant de puissance contenue.
Le GPRA avait décidé de l'envoi de la première délégation militaire en République populaire de Chine. Le pays-continent de Mao Zedong, Mao Tsé-Toung, selon l'ancienne orthographie.
La mission que nous avions accomplie nous a profondément marqués. Elle nous a permis de découvrir un univers nouveau pour nous. Un monde qui pesait d’un poids certain dans les affaires internationales. Un pays en mouvement qui contestait l’ordre établi. Un ordre où la division était nette entre les Etats exploiteurs et les nations prolétaires que Frantz Fanon appelait «les damnés de la terre».
Cette mission, nous l’avons effectuée quelques mois après la proclamation du GPRA et tout juste un mois après que Omar Oussedik et moi-même avions gagné l’extérieur.
Le GPRA était alors reconnu par quatre pays. Tous membres de la communauté socialiste mondiale au sein de laquelle l’URSS jouait encore un rôle de premier plan, un leadership à l’époque indiscuté. Il s’agissait de la Mongolie extérieure, de la Chine populaire, du Vietnam et de la Corée du Nord.
Lorsque nous avons été désignés pour nous rendre en Chine et au Vietnam, les objectifs définis étaient précis et limités.
Le GPRA désirait obtenir de la Chine une aide matérielle en armes, une aide financière du ravitaillement pour les réfugiés, mais aussi une aide politique, car il faut reconnaître que l'engagement des pays socialistes européens à l’égard de notre révolution était empreint de certaines réserves.
Dirigée par le commandant Omar Oussedik, secrétaire d’Etat à la guerre, la délégation comptait onze membres dont cinq du Conseil national de la Révolution algérienne (CNRA) : le commandant Omar Oussedik, le colonel Si Sadek, le commandant Kaïd Ahmed, le commandant Kaci et moi-même.
D’un commun accord et sans consulter le GPRA, la délégation s’était fixé de nouveaux objectifs. Les délégués membres du CNRA avaient décidé de rechercher un éclaircissement des relations FLN-PCF. Ce dernier avait, certes, eu des rencontres avec des délégations du Front, mais les accords décidés n’étaient exécutoires qu’après l’approbation de son Bureau politique (BP). Or, jusqu’alors, aucun accord n’avait été mis en application.
Au plan militaire, il s'agissait d’obtenir la livraison d’armes à la frontière ouest de notre pays et de rechercher la possibilité de débarquer des armes dans la presqu’île de Collo par sous-marin via l’Albanie où l’URSS disposait des bases.
Nous avions donc exprimé le souhait de rencontrer une délégation du PCF, munie du pouvoir de son BP. Il était de tradition que le PCF assiste aux manifestations organisées par la Chine à l’occasion de la fête nationale et du 1er Mai. Nous étions alors à la veille de la fête internationale du travail. A la demande du maréchal Chèn Yi, vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères de la République populaire de Chine, nous avons prolongé notre séjour afin de donner le temps matériel à une délégation responsable du PCF de nous rejoindre à Pékin.
Nous avions donc élargi le mandat qui nous avait été fixé. Nous n’éprouvions aucune inquiétude à le faire, convaincus d’être approuvés. Il est vrai que certains membres du GPRA craignaient de voir la révolution algérienne, accusée d’être au service du communisme, apparaître comme une force d’appoint au mouvement international et ainsi d’être partie prenante, non seulement au plan politique, mais aussi idéologique, dans la guerre froide qui sévissait alors.
Les anciennes colonies d’Occident étaient presque toutes dirigées par des bourgeoisies compradores, étroitement liées à l’impérialisme. Certaines d’entre elles avaient même adhéré à des pactes militaires anticommunistes. Par ailleurs, même les promoteurs de la conférence de Bandoeng entendaient affirmer une stricte neutralité vis-à-vis de Moscou et de Washington, en sacrifiant parfois la cause des mouvements d’émancipation.
Le GPRA n’était pas reconnu par tous les Etats participant à la conférence et ces derniers refusaient de soutenir le combat du peuple vietnamien, quand ils ne soutenaient pas directement les Etats-Unis dans leur guerre d’agression en Indochine.
Notre ami M’hamed Yazid avait été chargé par le FLN de prendre contact avec des membres du gouvernement français pour une solution négociée, ainsi qu’avec des délégués du PCF. Il y a lieu de rappeler qu’avant le déclenchement de la lutte armée, M’hamed Yazid avait effectué une mission de prospection en Yougoslavie afin de former des chefs de guérilla, en particulier au plan militaire. Belgrade avait accueilli avec réserve cette démarche. Elle ne connaissait pas le nationalisme algérien et craignait une manœuvre de provocation susceptible de nuire à ses relations avec l’Occident. Cependant, cette mission aura plus tard des effets bénéfiques. En effet, la Yougoslavie, consultée de nouveau pour une formation militaire, se souviendra et appréciera la confiance dont elle jouissait auprès des Algériens. Elle nous accordera une aide conséquente tant par solidarité internationaliste que pour appuyer le nationalisme arabe animé par Nasser, ce dernier se trouvait alors dans une phase ascendante. Avant de quitter Le Caire, nous avions discuté longuement de ces questions avec M’hamed Yazid.
En demandant le parrainage du Parti communiste chinois à une nouvelle réunion, nous sortions du tête-à-tête en introduisant un partenaire qui avait un poids considérable dans le monde, en raison de la victoire qu’il avait remportée sur l’impérialisme en libérant 700 millions de Chinois.
Mais le PCF n’a pas voulu d’une réunion à laquelle assisteraient les Chinois et par conséquent a refusé d’envoyer une délégation de haut niveau.
Pour les Chinois, notre démarche constituera un élément de poids dans leur appréciation du FLN. Elle écartera totalement et radicalement les accusations d’anticommuniste qu’avait lancées le PCF contre le FLN.
Les Chinois écarteront ces accusations, d’autant mieux que notre délégation avait appris à la suite de confidences faites au maquis par Abdelkader Babou (1) à Si Omar Oussedik, que les propositions avancées par le FLN, en 1954, au PCA avaient déjà été suggérées par Mao Zedong, au Parti communiste algérien en 1952, lors de la visite d’une délégation de ce parti dirigée par Babou en Chine. Des propositions en tout point conformes à ce que nous avions offert au PCA avant le déclenchement de la lutte armée, à savoir la dissolution du parti et l’entrée de tous ses militants au sein du MTLD-PPA pour une plus grande mobilisation des masses populaires en vue de préparer la guerre de Libération nationale. Dans l’optique de Mao, les militants communistes devaient, en raison de leur doctrine et de leur idéologie, jouer un rôle de direction. Nous n’avions naturellement pas manqué de rappeler ces suggestions lorsque Mao nous avait fait l’honneur de nous recevoir. Par ailleurs, nous voulions que le PCF définisse clairement sa position face à une lutte de libération nationale contre laquelle son pays mobilisait les citoyens français. Nous attendions de lui une plus grande fidélité aux principes de Lénine. Que le PCF ait refusé de nous rencontrer avait beaucoup déplu aux dirigeants chinois. Il apparaissait clairement à travers notre démarche qu’un mouvement national à prédominante nationaliste faisait plus confiance au Parti communiste chinois que le Parti communiste français qui, à l’époque, était le premier parti communiste européen. Ceci a contribué à un engagement plus effectif de la Chine à l’égard de la révolution algérienne. Et c’est pourquoi, en nous recevant, les Chinois ont eu la conviction que les accusations de compromission du FLN avec l’impérialisme mondial en cas de victoire n’étaient pas fondées. Tout comme ils étaient convaincus que, sur le plan social, la révolution algérienne envisageait de profonds bouleversements, d’une part, et que d’autre part, sur le plan international, elle se situait dans le mouvement révolutionnaire mondial. Il y avait un deuxième point pour lequel nous n’avions pas été mandatés et sur lequel nous nous étions prononcés. C’était le problème de l’appartenance de l’Algérie à l’Otan. La France avait intégré le territoire algérien et de ce fait aux territoires couverts par l’Otan. A Pékin, la délégation militaire algérienne, la première à le faire au nom du FLN, de l’ALN et du GPRA, a déclaré que l’Algérie n’était pas concernée par les engagements pris par la France en son nom et qu’il n’était pas question pour l’Algérie indépendante de se retrouver dans une alliance impérialiste qui fournissait à Paris des moyens énormes pour sa guerre colonialiste. Ceci a fortement conforté les Chinois. Après la dénonciation de l’Otan et en fonction de la perception étrangère de la révolution algérienne, nous avions expliqué et fait comprendre aux Chinois ce qu’était réellement la lutte du peuple algérien, et ce, à travers un fait apparemment mineur, mais qui, politiquement, avait un poids certain.
L’Egypte se voulait le leader du monde arabe, elle se voulait l’unificatrice. Elle voulait imposer une unité de ce qu’elle appelait la Nation arabe avec une capitale, Le Caire, un leader, Nasser. A l’époque, la République arabe unie (RAU), qui comprenait la Syrie et l’Egypte, était engagée dans une lutte tous azimuts contre l’impérialisme et ce qu’elle appelait les régimes féodaux arabes.
Abdelkrim Kacem ayant renversé la monarchie hachémite en Irak, l’Egypte espérait son adhésion à la RAU. Mais Abdelkrim, lié, à l’époque, au Parti communiste irakien (PCI), s’y opposait. C’est alors que Nasser avait réagi par une campagne très violente contre le dirigeant irakien. De plus, le soutien qu’apportait le camp socialiste à Abdelkrim Kacem amènera Nasser, du moins pour un certain temps, à l’anticommunisme. Ce qui n’empêchait pas le dirigeant égyptien d’apporter son soutien au mouvement de libération national partout dans le monde et notamment en Afrique. Il était réellement non aligné et menait un jeu de bascule assez difficile entre l’Est et l’Ouest.
C’est pendant cette période de tension entre l’Egypte et l’Irak, que nous nous trouvions à Pékin. Là, Omar Oussedik voulait remercier l’ambassadeur de la RAU qui avait organisé, en l’honneur de notre délégation, une réception pour marquer l’intérêt qu’elle attachait à la révolution algérienne. A l’époque, nous n’avions pas de mission à Pékin représentant l’Algérie révolutionnaire.
Plus tard, nous y ouvrirons une ambassade. C’est Mustapha Ferroukhi qui partira le premier, il mourra en cours de route en Sibérie dans un accident d’avion. Et c’est Kiouane qui ouvrira la première ambassade algérienne dans la capitale chinoise.
Au cours de la réception offerte en notre honneur, le chef de notre délégation a fait une déclaration précisant nos positions politiques sur la situation internationale. Nous avions inscrit notre combat d’émancipation dans le cadre du mouvement révolutionnaire mondial et lancé un appel à ses deux composantes essentielles, le mouvement de libération national et le mouvement communiste mondial d’unifier leurs rangs dans la lutte contre l’impérialisme. Nous avions déclaré que la révolution algérienne a des liens historiques, des liens de civilisation et de culture, des liens de fraternité avec la RAU.
Tout comme nous avions des liens de
compagnonnage dans le combat contre l’impérialisme avec la République populaire de Chine. Enfin, nous avions lancé un appel à nos frères d’Egypte et à nos camarades chinois leur demandant d’unifier leurs rangs, de transcender les divisions pour combattre l’ennemi commun, l’impérialisme, le colonialisme et le néo-colonialisme. Ce langage et cette position ont été vivement appréciés par les Chinois.
D’autant plus qu’on sentait chez eux le désir de renouer avec l’Egypte sur d’autres bases. Le désir d’écarter les questions épineuses qui existaient alors entre le mouvement communiste mondial et le mouvement de libération arabe.
http://www.lesoirdalgerie.com/articles/ ... 968&cid=41


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Message par AAF 2020 » 16 mars 2017, 10:53

Assassinat de Enrico Mattei et Salah Bouakouir : Le MALG privilégie la piste des services secrets français

Au moment où Salah Bouakouir et Enrico Mattei façonnaient la politique du GPRA en matière de pétrole, Rédha Rahal et Mohamed Khelladi faisaient miroiter aux compagnies pétrolières occidentales ce qu’elles gagneraient au cas où l’Algérie recouvrait le droit sur les zones pétrolifères.
Lyas Hallas - Alger (Le Soir) - C’est le président de l’association des anciens du MALG et ancien collaborateur de Abdelhafid Boussouf, Daho Ould Kablia, qui a animé hier le forum de la mémoire qu’organise le quotidien El Moudjahid en collaboration avec l’association Machaâl Echahid. Ould Kablia, qui a pris part aux négociations d’Evian à titre d’expert, a souligné que le MALG (ministère de l’Armement et des Liaisons générales) est intervenu sur deux dossiers lors des négociations d’Evian : la situation militaire et les hydrocarbures.
Le premier a, ainsi, été géré par Khelifa Laroussi, Boualem Bessaïh et Kasdi Merbah. Daho Ould Kablia a précisé que la base de Mers El Kebir a été plutôt louée à l’armée française contrairement aux sites où sont implantées les installations nucléaires au Sahara pour lesquelles, les Français ont obtenu le privilège de les utiliser encore pour cinq ans. «Le GPRA avait cédé sur cette question pour ne pas bloquer le processus des négociations», a-t-il expliqué. Il est aussi formel au sujet de l’entrée de l’armée des frontières en Algérie après le cessez-le-feu : «Ce sont les Français qui ont insisté pour que l’armée des frontières ne foule pas le sol algérien pendant la période de transition et non pas le GPRA. Cela a exacerbé les susceptibilités de l’état-major général (EMG) et envenimé ses relations avec le GPRA qui étaient déjà tendues. Mais, le GPRA n’en pouvait rien.»
Au sujet des hydrocarbures, qui sont tout de suite devenus l’enjeu majeur des négociations d’Evian, le président de l’association des anciens du MALG a révélé que le dossier a été géré entre autres par Rédha Rahal, Mohamed Khelladi et Salah Bouakouir qui était un adjoint du gouverneur général d’Algérie. «Les gouvernements du monde libre et s’ils avaient le cœur qui battait pour la France, avaient, en fait, des intérêts économiques divergents. Enrico Mattei, BP, Shell etc. défendaient leurs intérêts. Et nous avons joué sur cela pour négocier ce volet», a expliqué Ould Kablia. Selon lui, «la courroie de transmission entre Enrico Mattei et le GPRA, basé à Tunis, était un journaliste de la Repubblica qui s’appelait Mario Parietti». «Il faisait le va-et-vient entre l’Italie et la Tunisie pour transmettre les recommandations de Mattei au GPRA», a-t-il indiqué.
En effet, au moment où Salah Bouakouir et Enrico Mattei façonnaient la politique du GPRA en matière de pétrole, a ajouté Ould Kablia, Rédha Rahal et Mohamed Khelladi faisaient miroiter aux compagnies pétrolières occidentales ce qu’elles gagneraient au cas où l’Algérie recouvrait le droit sur les zones pétrolifères. C’est pourquoi Ould Kablia pense que les commanditaires des assassinats de Enrico Mattei et Salah Bouakouir seraient les services secrets français : «Les services français avaient une dent contre les deux puisqu’ils ont joué un rôle central dans l’élaboration de la politique du GPRA en matière d’hydrocarbures. Ils ont été assassinés à une année d’intervalle. Salah Bouakouir en septembre 1961 et Enrico Mattei en octobre 1962.»
http://www.lesoirdalgerie.com/articles/ ... 0804&cid=2


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Re: Guerre de Libération : Les Amis de l'Algérie

Message par AAF 2020 » 20 mars 2017, 11:14

Huguette Marie-Louise Lenoble-Idir : La maquisarde de la wilaya VII

h[img]ttp://www.elwatan.com/images/2017/03/18/sans- ... 5x348p.jpg[/img]
Une semaine après l’enterrement de la moudjahida Djamila Amrane-Minne, le 12 février dernier au cimetière Sidi M’hamed Amokrane de Béjaïa, le même endroit a accueilli la dépouille d’une autre moudjahida d’origine française qui avait l’Algérie dans le cœur.

Son nom n’évoque peut être rien pour beaucoup d’entre nous, mais pour ceux qui connaissent le sens du sacrifice, elle était une dame d’une grande valeur à qui on doit respect et admiration. Huguette Marie-Louise Lenoble-Idir fait partie de ces Français et Françaises qui, dans l’anonymat et avec une totale abnégation, avaient choisi de servir la cause algérienne au lieu de cautionner l’infamie colonialiste. Bravant l’adversité et le qu’en-dira-t-on de sa famille et des siens, elle s’engage résolument dans la lutte pour la libération de l’Algérie sur le front ouvert par le FLN en France. Dans la wilaya VII historique, elle transporte des colis, collecte les cotisations et exécute sans les discuter toutes sortes d’ordres pour le compte du FLN. Le 30 juillet 1930 naît Huguette d’une famille ouvrière pauvre, à Compiègne, dans le département de l’Oise.

Sa relation avec le FLN commence lorsqu’elle fit connaissance avec Mohand Idir, ouvrier en France, à partir de 1955, qui deviendra son époux pour le restant de sa vie. Une liaison qui n’était pas du goût de sa famille. Le couple se rencontre sur son lieu de travail ; elle était agent polyvalent et, lui, manœuvre dans une gare ferroviaire. En se liant à cet immigré originaire de Béjaïa, chassé d’Algérie par la misère et venu gagner sa pitance dans le pays du colonisateur, Huguette se lie par la même occasion à la cause algérienne. «Comme moi, Huguette était issue d’une famille pauvre. On avait vécu en ménage, puis dans la légalité. J’ai adhéré au FLN à partir de 1956, soit juste après le Congrès de la Soummam et la décision d’exporter la Révolution sur le sol français. Huguette payait ses cotisations normalement», relate Mohand Idir, qui s’est déplacé à notre bureau régional dans le but, dit-il, «de raconter, à travers l’histoire de ma défunte épouse, celle de ces anonymes d’origine française qui ont aidé les Algériens à s’émanciper du colonialisme».

A partir de 1958, l’étau se resserre sur les militants de la Fédération de France sous la répression féroce de Maurice Papon de sinistre mémoire. La police française voulait couper les maquis intérieurs du FLN des ressources qui leur provenaient de la Wilaya VII. «C’est alors que des militants du FLN, Bouzouina Abdellah, Aït Addi Slimane et un certain Ravah Casquette, nous ont approchés, moi et Huguette. Ils voulaient l’enrôler car avec la pression exercée sur les militants de la Fédération à l’époque, les responsables avaient décidé de recruter des femmes, surtout des Françaises amies de l’Algérie, pour le transport des colis, la collecte des cotisations, le renseignement,… Sans hésitation aucune, Huguette avait dit oui», se souvient son mari. Mohand Idir n’a été mis dans le détail des activités militantes de sa femme qu’une fois la guerre finie. Ce qui témoigne de la force de l’engagement et de la rectitude de la moudjahida.

En 1963, Huguette entre en Algérie, munie d’une attestation de militante délivrée par la Fédération de France du FLN - signée de la main d’un certain Djilali - et obtient la nationalité algérienne. Elle rejoint son mari, qui était rentré deux ans plus tôt avec 1500 compatriotes, expulsés de France dans le sillage des massacres du 17 Octobre 1961, puis emprisonnés pendant trois mois à Sétif. En dépit de ses origines et du contexte de l’époque, Huguette réussit à se faire accepter par la famille de son mari et ses nouveaux compatriotes. Elle avait appris le kabyle et embrassé la religion musulmane. En 1992, c’est la famille révolutionnaire qui lui ouvre les bras, lui reconnaissant à elle et son mari le statut de moudjahida et de moudjahid.

Huguette vivra aux côtés de son mari dans le quartier Sidi Touati, juste aux pieds de Yemma Gouraya, jusqu’à sa disparition en février dernier à l’âge de 84 ans. Son enterrement a eu lieu avec tous les honneurs qu’on réserve aux moudjahidine, en présence de la famille révolutionnaire et de centaines de personnes venues l’accompagner à sa dernière demeure.
http://www.elwatan.com/actualite/huguet ... 62_109.php


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Message par AAF 2020 » 11 avril 2017, 11:28

AUX ORIGINES DE L'AMITIÉ ALGERO-CHINOISE : 3. Le maréchal communiste et le colonel musulman

Par le Commandant Azzedine
Arrivée au printemps 1959 dans la capitale chinoise, la première délégation militaire de l'Armée de libération nationale a reçu un accueil chaleureux de la part des dirigeants de la République populaire de Chine. La solidarité de leurs hôtes s'est exprimée par une aide massive à la révolution algérienne puisqu'elle est l'équivalent d'une année entière en armes pour les combattants et en ravitaillement pour les réfugiés.
Entre l’aéroport et la résidence où nous devions être logés, des dizaines de milliers de jeunes nous ont réservé un accueil touchant. Le maréchal Yang, notre accompagnateur, a voyagé avec le colonel Si Sadek ; quant à Omar Oussedik, il se trouvait avec le maréchal Chen Yi. Nous avions été installés dans un hôtel qui avait servi de chancellerie à... l’ambassade de France. A son entrée, il y avait un écriteau qui proclamait : «Interdit aux chiens et aux Chinois.» Nous nous trouvions donc dans le local qui avait été nationalisé après le triomphe de la révolution chinoise, local qui avait appartenu à notre ennemi commun, le colonialisme français. C’était, pour nous, une marque d’attention.
Le lendemain matin nous avons eu une première séance de travail avec le maréchal Chen Yi. Ce dernier avait excusé l’absence du ministre de la Défense nationale. Abordant les problèmes de politique générale, nous avons présenté la situation telle qu’elle prévalait à l’époque dans les maquis.
Nous avons également parlé de la nécessite du renforcement des liens de solidarité au sein du mouvement mondial, entre le mouvement de libération nationale et le mouvement communiste mondial.
A son tour, le maréchal Chen Yi a réaffirmé les positions de principe de la Chine populaire.
1- Elle reconnaissait le GPRA et considérait qu’il était de son devoir de lui apporter tout le soutien qu’elle pouvait lui accorder.
2- La Chine n’entendait pas, par un quelconque compromis, améliorer ses relations avec un gouvernement français qui ne la reconnaissait pas.
3- Elle considérait que le camp socialiste, ayant à sa tête l’Union soviétique, se trouvait engagé dans une confrontation politique, économique, commerciale et diplomatique avec l’impérialisme mondial, ayant à sa tête les Etats-Unis d’Amérique.
Le maréchal Chen Yi a ensuite évoqué les transformations qui avaient été opérées en Chine, et l’immense tâche d’édification à laquelle s’attelait le peuple chinois. Mais malgré l’immensité des charges qu’un tel développement lui imposait, la Chine n’entendait pas se dérober à ses obligations internationalistes. Après cette première séance de travail, nous avons été invités à un banquet offert par le maréchal Chen Yi. Et dans l’après-midi, nous avons eu droit à un spectacle dont nous gardons à ce jour l’inoubliable souvenir. Le grand opéra de Pékin avait ouvert son gala en jouant l’hymne national algérien.
Les Chinois jouent mieux l’hymne national algérien que toutes les formations musicales entendues à nos jours. Ensuite, ont suivi des chansons algériennes interprétées avec toujours la même virtuosité. Puis, un chant composé en hommage aux condamnés à mort qui, dans leur cellule, attendaient avec courage l’exécution de la sentence. Un hommage émouvant intitulé «Chant à Fatima». La traduction des paroles nous a était faite au fur et à mesure.
Le soir, en rentrant, nous avons, en accord avec notre accompagnateur, arrêté l’ordre du jour ou plutôt le programme concernant le séjour. Pendant toute la journée, les Chinois ont pu remarquer que la délégation algérienne n’improvisait jamais. Elle préparait toujours ses interventions.
Par ailleurs, chaque soir nous tenions des réunions où la critique et l’autocritique étaient de règle. Aucune faiblesse de quelque membre de la délégation n’était tolérée. Et les interventions préparées à l’avance,situaient le débat dans la ligne que nous voulions lui donner. Le chef de la délégation algérienne avait été sollicité pour faire une communication au siège de l’Académie de guerre de Huangpu. A ce sujet, une précision s’impose : cette intervention a été préparée par les membres du CNRA quant à son aspect politique et diplomatique, et avec Sadek Guellal en particulier quant à son aspect militaire. En effet, au plan militaire, il fallait la touche d’un officier qui avait fait des études spécialisées pour donner à cette communication la tournure qu’elle devait avoir. C’est ainsi que Omar Oussedik a été nomme Docteur honoris causa de l’Académie de guerre de Huangpu. Nous étions tous très heureux.
Nous avons visité des casernes, des champs de tir, des usines d’armes, assisté à des manœuvres combinées. A Shanghai, nous avons été reçus par la marine. Nous sommes allés également à Nankin où, pour la première fois, nous avons vu voler une mouche, et nous l’avons alors déclarée agent de l’impérialisme venu espionner ! Tout le monde a ri.
Une fraternité et une compréhension totale régnaient entre les deux délégations. Un jour, notre accompagnateur a posé une question assez délicate au colonel Si Sadek, lui disant, auparavant, que les relations personnelles étant devenues informelles et amicales, il se permettait de poser des questions qui pouvaient paraître indiscrètes.
Le colonel Si Sadek faisait la prière et il était le plus haut gradé de la délégation. Le maréchal Yang lui a demandé comment, lui musulman croyant et pratiquant, voyait le fait d’être dirigé par quelqu’un qui semblait connaître le marxisme, qui employait un langage tout à fait compréhensible aux Chinois, ce qui faisait du chef de la délégation une sorte de crypto communiste.
Le colonel Si Sadek a répondu ceci : «Nous menons une guerre de libération nationale. Nous mobilisons toutes les énergies de notre peuple. Nous respectons toutes les convictions. J’ai pour moi le sentiment de faire mon devoir vis-à-vis de mon peuple et de ma patrie, mais aussi d’apaiser ma conscience et de mériter ainsi le pardon de Dieu pour les erreurs que j’ai pu commettre, et peut-être, mériter le paradis. Mon compagnon, c’est vrai, n’a pas ma conviction religieuse. Oui, c’est vrai, il est très ouvert au marxisme et au socialisme. Il n’y a aucune contradiction entre nous, puisque, l'un comme l'autre, avons comme objectif de libérer notre pays.
Maintenant, camarade Yang, je vais vous dire une chose, j’ai le sentiment qu’en Chine, vous avez un comportement de musulmans de la meilleure époque. Vous faites respecter la justice sociale, vous combattez la bourgeoisie compradore, les exploiteurs. Vous êtes pour l’égalité et vous soutenez tous les combats justes. Les musulmans de la période héroïque n’avaient qu’une différence avec vous, ils croyaient en Dieu et ils croyaient en le Prophète. Croyez-moi, si Mao Tsé-Toung faisait profession de foi, ce serait le meilleur khalifat de l’islam.»
Cette réponse avait profondément touché le maréchal chinois, et ce, d’autant plus que le colonel Si Sadek était connu pour la verdeur et la franchise de son langage.
Lorsqu’une chose ne lui plaisait pas, il n’utilisait aucune fioriture pour exprimer ses sentiments. Et sa réponse au maréchal Yang, il l’a faite avec la conviction qui l’a toujours caractérisé. Les Chinois ont été impressionnés par le monolithisme de la délégation, monolithisme qu’ils n’ont pas manqué de prendre en considération.
Par la suite nous sommes allés à Nmam Ny et de là, nous nous sommes rendus au Vietnam où nous avons reçu un accueil tout à fait exceptionnel. Nous y reviendrons.
A notre retour de Hanoi, nous avons eu un entretien avec le Premier ministre chinois : le maréchal Zhou Enlai (Chou En-lai) qui était un orfèvre en matière politique. Il était incontestablement la personnalité la plus éblouissante de l’époque.
La délégation, comme tous ceux qui l’avaient rencontré à Bandoeng ou ailleurs, ont été extrêmement séduits par ce brillant esprit. Pendant 45 minutes, le maréchal Zhou Enlai nous a exposé le conflit sino-indien. Nous ne pouvions ne pas être convaincus de la justesse des positions chinoises. Plus tard, le chef de notre délégation nous fera part des sentiments qu’il a éprouvés au cours de tout cet exposé. Et lorsque le maréchal Zhou Enlai était sur le point de terminer son développement sur le conflit frontalier, Omar Oussedik, tout en prêtant une oreille attentive, réfléchissait à la façon dont il devait répondre en évitant une position trop affirmée contre l’Inde. Il était en effet bien évident que pour la délégation algérienne, l’un des devoirs essentiels était d’éviter de provoquer des animosités à l’encontre du GPRA et de notre peuple. Nous avions déjà contre nous tout l’Occident.
Il fallait éviter de créer de nouvelles inimitiés sur des questions dans lesquelles nous n’étions pas directement impliqués. Rappelons qu’un conflit existait déjà entre l’Inde et le Pakistan. Ce dernier avait, au nom de la solidarité islamique, reconnu le GPRA. Cette reconnaissance s’inscrivait également dans la ligne de la lutte contre l’impérialisme mondial. Par ailleurs, le Pakistan avait adhéré au pacte militaire anticommuniste. D’autre part, une prise de position anti-indienne pouvait nuire à la révolution algérienne. Après cette récapitulation, notre chef de délégation réfléchissait à la meilleure façon de remercier le Premier ministre pour toutes les explications qu’il avait bien voulu nous donner, tout en évitant un engagement trop affirmé. Il en était là de ses réflexions quand le maréchal Zhou Enlai nous a assené une argumentation qui nous a terriblement frappés. Il nous dit : «Nous avons tenu, camarades algériens, à vous donner toutes les informations sur le différend frontalier qui nous divise avec l’Inde. Nous vous prions d’être nos interprètes auprès du GPRA, du CNRA et de l’ALN. Il était de notre devoir en tant qu’alliés d’apaiser toute inquiétude et de dissiper toute suspicion que l’impérialisme pouvait créer autour d’un prétendu hégémonisme chinois en Asie. En aucun cas la Chine ne demandera à l’Algérie un soutien politique et diplomatique ouvert contre l’Inde. L’Algérie est à l’avant-garde de la guerre contre l’impérialisme dans le monde. Elle paie le prix du sang. Tout le monde se doit de l’aider et personne n’est en droit de lui demander une aide quelconque ou un engagement aux plans politique et diplomatique. L’Algérie doit être rassurée par ses alliés. Elle doit pouvoir suivre sa politique, sans qu’il soit exigé d’elle un soutien contraignant. J’irai plus loin, camarades algériens. Si l’Inde est prête à reconnaître le GPRA et à vous apportez un soutien politique et diplomatique ouvert, je vous le dis, avec la plus grande sérénité, nous accepterons que le GPRA nous critique, nous attaque. Mais pour cela, il faut que New Delhi paie le prix d’une telle prise de position. Nous ne vous demandons rien, nous voulions vous rassurer.»
Nous avions éprouvé une profonde émotion devant une telle attitude vis-à-vis de notre peuple, vis-à-vis de notre patrie. Omar, qui se préparait à une laborieuse sortie qui puisse satisfaire les deux parties, a poussé un profond soupir de soulagement. Il a alors, au nom de la délégation, pris l’engagement de transmettre toutes les explications données aussi bien au GPRA qu’à la plus haute instance du pays, le CNRA.
http://www.lesoirdalgerie.com/articles/ ... 279&cid=41


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Re: Guerre de Libération : Les Amis de l'Algérie

Message par AAF 2020 » 05 juin 2017, 17:02

Henri Maillot, un militant engagé pour la cause nationale (Témoignages)

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ALGER - Henri Maillot était un militant engagé pour la cause nationale et s'est sacrifié pour l'indépendance de l'Algérie, ont affirmé lundi à Alger des témoins qui ont retracé le parcours de l'homme durant la guerre de libération nationale.
"Je ne suis pas musulman, mais je suis un Algérien aux origines européennes", a notamment rappelé l'ancien ministre, Mohamed Kechoud, citant la lettre rédigée par Henri Maillot aux médias français dans laquelle il expliquait qu'en tant que tel, il était de son devoir de "militer pour le recouvrement de la souveraineté du peuple algérien, spoliée par l'empire colonial français".

Après avoir rappelé que le militant de la révolution algérienne était issu d'une famille de l'ex-Clos Salembier (El-Madania), l'intervenant a souligné également son "haut fait d'armes qui avait consisté à détourner, le 4 avril 1956, alors qu'il était aspirant de l'armée coloniale, un camion empli d'armes et de munitions pour l'acheminer vers le maquis".

M. Kechoud est revenu aussi sur l'épisode de l'encerclement du groupe de Maillot dans le village d'El-Karimia (ex-Lamartine) à Ain-Defla, pour être exécuté, en même temps que ses compagnons d'armes Maurice Laban, Djilali Moussaoui, Belkacem Hanoun et Abdelkader Zelmat.

Elève au lycée des garçons de Miliana (Ain-Defla), le moudjahid C. Baghdadi s'est remémoré que "pour mieux se rapprocher de la population arabe, Henri Maillot avait jeûné quelques jours et s'était habillé en gandoura et teint les cheveux de henné".

Il a, par ailleurs, fait observer que la mort de Maillot est intervenue "dans une conjoncture marquée par des négociations entre les dirigeants de la révolution algérienne et le parti communiste algérien au sujet de l'approvisionnement des maquis en armes".

Le moudjahid Hocine Tahar a tenu, pour sa part, à relever que la mort du révolutionnaire a été le fait de "Bachagha" à la solde de l'administration coloniale et qui "suivaient de près le groupe auquel il appartenait et dont l'agent de liaison était également d'origine européenne".

Intervenant en sa qualité d'organisateur d'hommages aux militants de la cause nationale issus d'autres nationalités, Merzak Chertouk a déploré le fait qu'aucune rue ou édifice "ne porte à ce jour le nom de ce militant de la cause algérienne.

"Si Maurice Audin demeure le plus connu des militants de la révolution algérienne d'origine européenne, c'est parce qu'il existe une place qui porte son nom au centre-ville de la capitale", a-t-il souligné, rappelant que la mère de Maillot avait souhaité, de son vivant, que son fils puisse bénéficier d'une telle reconnaissance.
http://www.aps.dz/algerie/58552-henri-m ... emoignages


soudard
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Re: Guerre de Libération : Les Amis de l'Algérie

Message par soudard » 30 octobre 2017, 13:34

Trouvé sur "la libre Belgique" :
[http://www.lalibre.be/actu/belgique/ces ... 14f002faf6}

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anzar
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Message par anzar » 05 novembre 2017, 16:18

Évocation/l'abbé Alfred Berrenguer, un Algérien de conviction
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Par Amine Bouali | 04 Novembre 2017 | 23:06

C'est sous le double parrainage symbolique du 1er novembre, qui commémore cette année le déclenchement, il y a 63 ans, de la glorieuse guerre de Libération et célèbre également, pour les Chrétiens, la fête catholique de la Toussaint, qu'a été fleurie, avant-hier, au cimetière chrétien d'El-Kalâa de Tlemcen, devant un groupe de fidèles musulmans et chrétiens, la tombe de l'abbé Alfred Berrenguer, un militant de la première heure de la cause nationale.

Cet homme de Dieu, qui "a choisi la justice avant sa mère" pendant les heures cruciales de la lutte armée (au contraire d'un autre fils de l'Algérie coloniale, l'écrivain Albert Camus) naquit le 30 juin 1915, dans le petit village d'El-Amria (ex-Lourmel) de parents espagnols venus s'installer, au début du 20e siècle, en terre oranaise.

Jeune prêtre, dès 1936, Alfred Berrenguer opta pour le parti des "opprimés" et dénonça l'ordre colonial, notamment à travers des articles de la revue "Simoun". Le 1er novembre 1954, alors qu'il officiait, depuis 3 ans, en tant que curé dans le village de Remchi (dans la région de Tlemcen) il n'hésita pas à choisir son camps et s'engagea aux côtés des nationalistes algériens, en aidant les familles des prisonniers politiques et des moudjahidines qui avaient rejoint le maquis. Dénoncé, il sera expulsé hors d'Algérie, en 1958.

À chaque fois qu'il en eut l'occasion, Mgr Henri Teissier, l'ancien évêque d'Alger, a mis un point d'honneur à rappeler, dans des interviews à la presse, que c'est grâce à l'action de l'abbé Berrenguer que l'Algérie combattante a gagné le soutien de l'Amérique latine à sa cause.

"André Malraux, émissaire français en Amérique latine, ne connaissait pas l'Algérie ni la langue espagnole. Aussi, il était facile à l'abbé Berrenguer de déconstruire les arguments de Malraux. Il passait après lui, dans chaque pays sud-américain, et expliquait en espagnol ce qu'était le fond du problème algérien et le pourquoi de la guerre" a plusieurs fois témoigné Mgr Teissier.

Co-fondateur du Croissant rouge algérien (dont il fut le représentant en Amérique latine, de 1958 à 1962) Alfred Berrenguer a été élu député de sa ville d'adoption, Tlemcen, dans la première Assemblée constituante de l'Algérie indépendante.. Mais après le 19 juin 1965, il déclina tous les postes politiques et se consacra à l'enseignement dans un lycée de Tlemcen, jusqu'à sa retraite qu'il choisit de vivre, dans le silence et la méditation, au monastère Saint Benoît, sur les hauteurs de la ville.

Jusqu'à son décès qui survint le 14 novembre 1996, l'abbé Berrenguer restera fidèle à sa terre algérienne et refusera tous les compromis qui pouvaient heurter sa conscience. Il se tiendra aux côtés de l'Algérie et de son peuple, mais ne voudra jamais se lier à un régime.

"Je ne voulais pas qu'on puisse dire que j'avais agi pour la gloire ou pour l'argent. J'ai refusé la carte d'ancien moudjahid et la pension d'ancien député, car je n'eus pas à faire mes preuves (pendant la guerre de Libération ) pour pouvoir contacter les nationalistes car ils me considéraient comme un des leurs" écrivait-il dans ses mémoires, consignées dans un livre d'entretien, publié à Paris, en 2004, et intitulé "En toute liberté".

Jusqu'au milieu des années 1990, ses voisins de quartier à Tlemcen, pouvaient apercevoir, tôt le matin, l'abbé Alfred Berrenguer dégringoler, à pied, la pente raide qui mène du monastère Saint Benoît vers le centre-ville, abrité du soleil et de la pluie par son éternel béret, un vieux cartable à la main. "Cet homme qui marche, se disaient-ils peut-être, doit venir de loin, mais Dieu sait qu'il marche droit!".
https://www.algerie1.com/actualite/evoc ... iction-238
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Re: Guerre de Libération : Les Algériens de Coeur et de Conviction

Message par AAF 2020 » 05 novembre 2017, 19:22

M. Nils Andersson invité de notre forum : le devoir de combattre le colonialisme

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«La prison est l’université des révolutionnaires, dit-on, l’engagement fut mon université. Ce libre choix fait, ne dispose à aucun moment tous les éléments pour connaître et comprendre l’événement, on peut être trompé, manipulé, utilisé, le chemin est escarpé, d’ou l’importance d’agir en conscience et que la conviction n’annihile l’esprit critique». ces propos sont signés Nils Andersson, un anticolonialiste qui a mis au grand jour les réalités d’une guerre coloniale menée par la France. Ce fervent défenseur des valeurs universelles et grand soutien de la révolution algérienne, était hier, l’invité de notre Forum.

En ce mois de novembre, avec toute la symbolique, qu’il porte pour l’Algérie, le Forum d’El Moudjahid, a reçu, hier, un invité de marque. Nils Andersson. Un militant internationaliste, et surtout un éditeur engagé. On dit de lui, qu’il est Suisse, mais son nom rappelle la Suède.
En fait Nils est né à Lausanne d’un père suédois et d’une mère française. Il vit actuellement à Paris, mais il est resté Algérien de cœur. on dit de lui qu’il a eu plusieurs vies, toutes passionnantes. La question de savoir si cette réputation est fondé, fait sourire notre invité, et la trouve très intéressante. Comme réponse, il dira, il y a le droit de sol, l’endroit ou l’on naît. Pour certains pays, c’est le seul droit qui compte. Il y a aussi, le droit du sang, et là aussi, pour certains états, c’est le seul droit qui compte. A ces deux droits, explique notre invité, qui ne doivent ni l’un ni l’autre exclusif, s’ajoute un troisième droit. Celui qu’il appelle le droit de l’acquis. «Selon les vies, on peut changer les lieux, on peut avoir des liens particuliers avec des peuples», c’est ce qui fait plusieurs vies.
C’est aussi, la possibilité d’acquérir cette solidarité et cette fraternité élargie ; non seulement avec son peuple, car il faut rester attaché à son appartenance initiale (le sol et le sang) et au droit de l’acquis. Et justement, dans l’une de ses vies, il a fait partie des compagnons de la lutte de Libération du peuple algérien. Invité à revenir sur cette période de sa vie de militant anticolonialiste, il dira que tout a commencé par une prise de conscience du colonialisme. Pour un Suédois, né en Suisse, il n’ y avait à priori pas de raisons précises pour connaître le colonialisme.
Cette prise de conscience de ce mal du siècle dernier, s’est faite, par la lecture d’un article paru, en 1955, sur l’Observateur (l’ancêtre de celui qui deviendra ultérieurement le Nouvel Observateur). la lecture de l’article intitulé Votre Gestapo d’Algérie, allait lui ouvrir les yeux sur une atrocité jusque là méconnue du peuple suisse.
Des réalités sur la guerre d’Algérie, des témoignages étaient publiés sur les colonnes de certains titres à l’image de Temps Modernes, l’Esprit, Témoignages chrétiens… mais ces titres étaient aussitôt saisis. Nils Andersson reste convaincu que la torture ne peut être considérée comme une bavure. Pour la simple raison qu’elle a été érigé en système, enseigné à l’école de guerre de Paris, comme un moyen de guerre contre révolutionnaire. Les articles de presse, signés, par des journalistes engagés, comme Jérôme Bourdet ont permis à Nils Andersson, de saisir l’importance de dénoncer et de combattre le colonialisme et à défendre la cause des indépendances des peuples et du peuple algérien en particulier. et justement, comment a eu lieu, la première rencontre avec les révolutionnaires ? La première rencontre, se souvient, notre invité a été par le livre. A ce propos, il rappelle, que si les journaux peuvent être saisis ou interdits, ce n’est pas le cas du livre. Car, il peut être réédité ailleurs. Jerôme Lindon, a été le premier éditeur à s’investir dans la réédition de livres interdits en France, et qui ont joué un grand rôle dans l’internationalisation de la Révolution algérienne et faire connaître la guerre dans tous ses aspects. Dans ce sillage, le livre d’Henri Alleg, La Question, est réedité, par Andersson. C’est ce livre a joué un rôle très important sur le plan international, car il a été écrit par le torturé lui même. Un role similaire à celui de la photo, qui avait mis a nu l’horreur de la guerre au Vietnam (la célèbre photo montrait des enfants courir sur la route, brulés au napalm).
Le livre d’Alleg, n’est pas le seul qui a été interdit en France, une trentaine avait connu, le même sort. Cette interdiction, était considérée comme un événement, puisque il n’ y avait pas eu de saisie de livres, depuis la XIXe siècle et l’occupation allemande. Et si La Question a été réédité en Suisse, c’était pour montrer au gouvernement français, qu’un livre peut être interdit ; mais nulle ne peut faire taire l’écrit. Et puis parce que, sous l’occupation allemande, un grand nombre d’ouvrages a été réédité en Suisse. Cette action militante était porteuse d’une symbolique. Au lendemain de cette réédition, Andersson, est contacté, il affirme alors, qu’«il a accompli ce geste, car il adhère au combat contre le colonialisme.
Pour Andersson, la France n’est pas prête à reconnaitre les crimes qu’elle a commis contre le peuple algérien, même si il ya ici et là des gestes symboliques. A la question d’une consoeur, qui lui demandait si la Révolution algérienne avait atteint ses objectifs, M. Nils Andersson répondra par l’affirmative. Le but fixé était l’indépendance. Et cela a été réalisé. Il dira aussi, qu’il entend parfois des voix qui s’interrogent sur l’utilité de cette guerre de libération, il dira, ceux qui se posent cette question, ne savent pas ce que c’est qu’un peuple colonisé. Le FLN, dira t-il, contrairement a d’autres mouvements de libération, a su se libérer sans être soumis à des pressions internationales, avec toutes conséquences que l’on connait. Le principal acquis de l’Algérie, restera le recouvrement de son indépendance. Il ya lieu de rappeler que l’engagement de Nils Andersson dans l’édition militante amène son expulsion de la Suisse.
La France lui avait fermé la porte pendant de nombreuses années. Il habite actuellement à Paris et milite toujours. Son dernier ouvrage, de la Décolonisation au Déclin de l’Occident, Mémoire éclatée, constitue un témoignage exceptionnel sur plus de 60 ans du parcours d’un homme depuis les années 50 à nos jours.

Ali Haroun
« Nous lui devons une grande reconnaissance »
Nils Andersson, éditeur en Suisse et natif de ce pays est de père suédois et de mère française. Il fonde sa maison d’édition La cité Editeur, en conformité avec les livres qu’il édite, Nils Andersson est solidaire des militants algériens, des réseaux de soutien, du mouvement des insoumis et déserteurs français. Il a mis son entreprise au service de la cause algérienne qu’il estimait juste. Il devient membre du comité de rédaction de la revue Partisans, créée par François Maspero.
Il a accepté de prendre un risque extraordinaire de publier les ouvrages qui étaient interdits en France, surtout ceux qui relataient les événements qui se passaient en Algérie. C’était très courageux de sa part, il pouvait être expulsé de Suisse à tout moment, car la France avait demandé son expulsion. Le gouvernement français n’a pas lâché prise et a finalement eu gain de cause. Il fut expulsé, ainsi il a perdu sa maison d’édition et a été contraint de se réfugier non pas en France parce qu’il était poursuivi aussi mais de retourner au pays en Suède.
Il nous a aidés dans beaucoup de domaines, nous lui devons une grande reconnaissance parce qu’il a beaucoup donné à l’Algérie.
http://www.elmoudjahid.com/fr/actualites/115974

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