Post-it: Les Héros de La Résistance Algérienne [1830-1962]

De l'époque numide aux temps modernes.
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AAF 2020
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Omar Benmahdjoub. Ancien membre de l’OS, du bureau politique du FLN (1964) et de l’Assemblée : Du djebel Ouarsenis aux frontières
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«On ne fait pas de la politique avec de la morale ; mais on n’en fait pas davantage sans.»André Malraux
Omar est né le 17 février 1927 à Rouina (Orléansville). Il a fait l’école communale du village avant de décrocher son CEP. Il faudra peut-être faire un détour par la vie du père pour comprendre le fils. «Mon père Abdelkader était administrateur. C’était un père aimant, attentionné, proche de ses enfants. Il nous a inculqué les bonnes valeurs. Malheureusement, il est décédé précocement en 1941.» Omar a eu un parcours impressionnant.
Membre du PPA-MTLD à 16 ans et de l’Organisation spéciale (OS), commissaire politique pendant la guerre et membre du bureau politique au premier congrès du FLN en 1964. Le regard noble comme celui d’un oiseau avec parfois une brusque fixité, c’est un homme taiseux, discret jusqu’à l’effacement qui ne se livre que rarement. Pourtant, il a beaucoup à dire si l’on en juge par son itinéraire. Tout au long de notre entrevue, l’homme répète «qu’il a seulement fait son devoir sans avoir jamais voulu être catalogué ni avoir d’étiquette». Cela nous rappelle un propos de Cocteau : «Les premières places ne m’intéressent pas spécialement. Ce que j’aime, ce sont les places à part». A ce titre, Omar est un homme à part.
Engagement précoce
Son éveil à la conscience politique remonte à l’année 1945, à l’époque de l’implantation du PPA dans la région, et où l’influence de la famille nationaliste de Boumediene était grande. Ici, note Omar, il y a trois cimetières où reposent les combattants de l’émir Abdelkader. Le symbole est clair. «J’ai commencé par activer dans la clandestinité ; je lisais beaucoup. L’organisation m’a mis à l’épreuve en 1946 en me donnant une responsabilité. Mais quelques semaines après, j’ai été arrêté à Theniet El Had et incarcéré durant six mois à la prison d’Orléansville pour outrage à magistrat. Au moment de mon arrestation, je portais sur moi une grenade qui servait à la formation des éléments de l’OS dont j’étais membre. A ma sortie, le parti m’a donné le grade de chef du Sersou. En 1950, l’Organisation a été démantelée. Je suis de nouveau arrêté. J’ai écopé de quatre années de prison.»

Orléanville, secouée par le séisme de 1954, est ainsi décrite dans un prospectus datant de la même époque : «Des plantations publiques groupées dans l’intérieur de la ville et sur les glacis, plusieurs jardins, le magnifique bois de pins et de caroubiers, on peut voir la forêt de plus de 100 hectares qui a été créée au sud-ouest de la ville, des fontaines bien alimentées, l’aménagement des eaux du Tsighaout et l’ancienne pépinière civile donnent aujourd’hui un air de verdure et de fraîcheur qui contraste heureusement avec l’aridité des environs (…). Orléansville est assise dans une très bellesituation ; des remparts nord, on découvre un magnifique panorama.

A ses pieds, le fleuve roule majestueusement ses eaux entre deux coupures profondes ; devant soi, sur la berge opposée, on aperçoit le village de La Ferme entouré d’arbres ; plus bas, les jardins touffus de l’hippodrome, et à sa gauche, le beau pont métallique de 110 mètres de longueur, que traverse la route de Ténès. On voit encore au deuxième plan, en face de soi, les montagnes rouges, suite de collines pittoresques en partie couvertes de pins. Enfin, le regard s’étend sur cette vaste et fertile plaine du Chélif, où l’horizon limpide est borné par les montagnes du Medjadja et du Dahra (…)».
L’itinéraire de Omar va bientôt croiser ceux qui ont lutté pour les mêmes idéaux, nourris des mêmes convictions. «Après le procès de l’OS, Ben Bella et Mahsas qui se trouvaient dans la même prison de Blida que moi avaient décidé de s’évader. Je suis resté avec M’hamed Yousfi avec la responsabilité collective en ce qui concerne les détenus. Mais cela n’a pas duré longtemps puisque l’administration m’a envoyé à Alger et de là en France, précisément dans les prisons des Beaumettes et d’Aix en Provence.»
Omar a été libéré à la veille du déclenchement de la lutte en Novembre 1954. «Je me souviens que c’était quelques semaines seulement avant cette fatidique date, traumatisés que nous étions par le séisme d’Orléansville en septembre et la crise douloureuse du Parti qui a abouti à la division. J’avais contacté Moulay Merbah qui m’a confirmé l’état de confusion (khalouta). J’habitais Blida. Boudiaf et Ben M’hidi, qui étaient avec moi dans l’état-major de l’OS, activaient dans la clandestinité. Je n’avais aucun contact avec les “frères”. J’ai été arrêté le 1er novembre 1954 et emprisonné durant six mois à Barberousse. Dès ma sortie, j’ai rejoint Orléansville en 1955, où je suis monté au maquis où se trouvaient déjà Bounaâma, Abdelkader Bechaouche, Hadj Aboura, anciens de l’OS.»
3 frères chouhada
Au maquis, Omar apprit avec douleur la mort de ses deux frères cadets, Djillali et Slimane, tués par la soldatesque française et dont les corps mutilés étaient exposés sur la place publique de Rouina. «C’était un spectacle intenable pour ma mère et ma famille. Par ce procédé ignoble, l’ennemi voulait terroriser les populations en insinuant que ceux qui se rebelleront contre lui subiront le même sort. Par la suite, mon autre frère Abdallah, l’aîné, connaîtra la même fin. Mes trois frères sont morts pour la patrie, mais cela ne m’empêchait pas de poursuivre mon combat. Au contraire, ma conviction et ma détermination décuplèrent. Mais on devait affronter une deuxième force : les supplétifs du Bachagha Boualem et le félon Belhadj Djillali qui a témoigné contre nous à Blida et qui a constitué des bandes ayant participé à des exactions et à des tueries. Il faisait tout pour combattre l’ALN.»
Mais qui est donc ce bachagha ?
Saïd Boualem naquit le 6 octobre 1906 à Souk Ahras où se trouvait son père engagé volontaire au 1er RTA (Régiment de tirailleurs algériens). A 13 ans, il fut placé à l’école, la dure école des enfants de troupes de Saint-Hippolyte-du-Fort et à Montreuil-sur-Mer. En 1924, il s’engageait à Blida au 1er RTA. Il resta 20 ans dans l’armée française. En 1946, il est nommé caïd et, après avoir affirmé ses qualités de chef de guerre, il prouve ses qualités de gestionnaire et d’administrateur. Le 1er novembre 1954, on le trouve à la tête du douar des Ben Boudouanes. Dès le début des événements, sa prise de position nette et sans équivoque galvanisait ses administrés et levait spontanément les harkas. Il est élu député d’Orléansville en 1958. Le 28 janvier 1958, tombait dans une embuscade Abdelkader, le deuxième fils du bachagha. «Un fils, dix-sept parents très proches, quinze parents éloignés, plus de trois cents morts dans mon douar», voilà avec quoi Saïd Boualam a payé le droit de s’installer parmi les moustiques de la plaine de la Crau, en France après la guerre.»
Le bachagha ramena avec lui 30 000 fidèles français musulmans au lieu des 3000 prévus par le gouvernement français. Du jour du rapatriement jusqu’à l’ultime seconde de sa vie, il s’employa à les protéger. «Comme j’ai mal, peuple de France», écrivait-il dans son
livre Mon pays la France. Ce mal est venu à bout de lui le 6 février 1982 ; il mourut usé par le chagrin. A l’instar de Belounis, un autre renégat, Bachagha Boualem fut un véritable cancer difficile à circonscrire Omar brosse le tableau de ces années cruciales où foisonnent des histoires intimes et exemplaires de l’engagement, du courage, de l’intégrité intellectuelle et de la fidélité à soi-même. Omar est aux frontières, où commissaire politique, il eut l’insigne honneur d’annoncer aux troupes de l’ALN stationnées à Ghardimaou la décision du cessez-le-feu, le 19 mars 1962. A l’indépendance, il est élu membre du bureau politique du FLN au premier congrès de 1964. Il choisit d’opter pour la politique en se faisant élire à l’Assemblée nationale.
La rupture
Le coup d’Etat de 1965 est vécu comme «une déchirure». «Je pensais naïvement qu’il n’y aurait pas de coup d’Etat. Aussi, j’ai préféré réintégrer la vie civile en préparant une licence en droit en refusant toutes les propositions alléchantes qui m’ont été faites. Je me suis installé en tant qu’avocat à Alger puis à Chlef.» Dans son ouvrage Pour l’Algérie paru en 1964, Claude Estier, journaliste qui a suivi avec le plus d’attention, depuis les origines, la question algérienne pour Libération et France Observateur, a voulu avant tout, ainsi qu’il le précise lui-même, «sans chercher à faire œuvre d’historien» mais de journaliste, porter témoignage sur quelques aspects de la vie actuelle de l’Algérie en 1963, dont il dresse des portraits de ses dirigeants, dont Omar Benmahdjoub.
Voici son témoignage : «Je l’avais connu à Oujda au printemps 1962, pendant la période transitoire après les accords d’Evian. Il était alors le commandant Omar et, dans un petit bureau donnant sur une cour carrée où s’entraînaient des djounoud, il m’expliquait le rôle de l’ALN des frontières, en compagnie d’un de ses adjoints, Noureddine Djoudi, aujourd’hui chargé d’affaires au Tanganyika.J’ai retrouvé Omar Benmahdjoub, plus tard, dans les couloirs de l’Assemblée nationale. Devenu député et l’un des responsables du parti au Bureau politique, il fut, en août dernier, l’un des cinq co-signataires du projet de Constitution et, dans le débat, le premier orateur qui intervint pour la défendre. Le lendemain, je l’ai vu perdre son calme parce qu’un député avait mis en cause la représentativité de la conférence des cadres. Pourtant, lorsqu’on l’interrogeait à cette époque, en tête-à-tête, dans son bureau de la place Emir Abdelkader, ses yeux se plissaient derrière ses lunettes fumées : il était bien placé pour savoir que la reconversion du FLN ne se faisait pas aisément. Devenu en novembre l’un des huit secrétaires de la Commission chargée de préparer le Congrès, il est l’un de ceux sur qui repose le fonctionnement du parti.»
Quand on lui demande quel regard rétrospectif il pose sur son parcours, il sourit, passe sa main dans sa barbe peu fournie et explique qu’il a fait un choix et pris des risques en les assumant jusqu’au bout. Il a choisi de ne pas évoquer certains épisodes dont notamment la situation politique actuelle et l’Algérie de 2014. Cela réduit considérablement notre soif de connaître et induit une forte frustration, mais c’est son choix et on n’y peut rien. «C’est ma nature, ce que j’ai fait c’est pour le pays. Je ne me mets jamais en avant. J’agis en accord parfait avec ma conscience…».
Parcours :
Né en 1927, Omar Benmahdjoub rejoint le mouvement national en 1945. Il est membre de l’OS à 16 ans et est emprisonné à plusieurs reprises, notamment à Blida en 1950 où il côtoie Mahsas et Ben Bella. Il rejoint le FLN et active dans la région de Chlef, puis est appelé aux frontières où il est commissaire politique.
A l’indépendance, Omar est élu membre du BP du FLN et de l’Assemblée. En 1965, il quitte la politique pour se consacrer à son cabinet d’avocat. Il prend sa retraite à la fin des années 1990. Il est marié, père de 3 filles et 1 garçon.
http://www.elwatan.com/hebdo/portrait/d ... 44_164.php

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En hommage à deux valeureux chefs de l'ALN, morts au combat : le lieutenant Si M'hamed Raïs, le 8 juin 1958, et le colonel Si M'hamed Bougara, le 5 mai 1959.
Quand la force K rallie l'ALN
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Le 4 mai 1958, un violent accrochage oppose le Commando Djamal aux troupes françaises, à Tafrent, commune d'El Maine, wilaya de Aïn Defla selon le découpage administratif actuel (1).
Tafrent (arch Bathia) est limitrophe du arch Béni Boudouane, fief du sinistre bachagha Boualem. L'armée française a engagé une vaste opération-poursuite, depuis plusieurs jours. L'ALN venait de lui asséner un grand coup, lui faisant subir un cuisant revers.
En effet, quelques jours auparavant, le 28 avril 1958, la force K forte de près de 1 000 hommes, après avoir éliminé son chef, a rejoint, avec armes et bagages, l'ALN dans la région de Amrouna. Aussitôt, l'armée française mobilise d'énormes moyens afin de rattraper, intercepter les déserteurs. L'ALN avait anticipé cette réaction de l'armée. Elle a planifié et préparé l'accueil des ralliés depuis plusieurs jours, dès le moment où elle s'est assurée de l'imminence du ralliement de la force K.
C'est le lieutenant Rachid (Bouchouchi) qui fut chargé par le colonel Bougara (Si M'hamed) d'organiser et de piloter cette grande opération. Il fut exigé des adjoints de Belhadj, qui étaient à l'origine du ralliement de la force K, d'apporter avec eux, comme preuve de leur engagement sincère et définitif, la tête de leur chef. C'est ce qu'ils firent dans la nuit du 28 avril 1958.
Dès l'arrivée des éléments ralliés, les responsables procèdent à leur dispersion à travers le territoire de la wilaya. Un tiers environ de l'effectif est dirigé vers le Titteri, dans la région de Médéa pour être réparti entre les zones 1 et 2 de la Wilaya IV. Un autre contingent d'une centaine d'éléments rejoint le Dahra, les régions du Nord de la zone 3. Le reste des effectifs est affecté aux régions ALN de l'Ouarsenis.
Mais qui est cette armée, cette force K qui vient de changer de camp en rejoignant l'ALN, suscitant le courroux et la rage de l'armée française qui se lance à sa poursuite, mobilisant d'énormes moyens terrestres et aériens.
Dans une précédente contribution (2), j'avais évoqué l'histoire de ce maquis contre-révolutionnaire appelé par les français force K ou force Kobus du nom qu'ils ont donné à Belhadj Djillali Abdelkader, le chef de cette “armée”. Les membres de cette force sont aussi appelés “belhadjistes”.
C'est Belhadj qui a créé ce maquis, en octobre 1956, chez lui à Zeddine, localité dépendant d'El Attaf, dans la wilaya de Aïn Defla.
Avec la bénédiction et l'appui de l'armée française, Kobus recrute de nombreux jeunes de la région et accueille aussi des jeunes venus de l'Algérois fuyant la répression de la police et de l'armée et qui, de bonne foi, pensaient avoir rejoint l'ALN, car Belhadj cachait sa collusion avec l'armée, au début de son aventure.
Par la suite, pour ceux qui commençaient à douter de sa sincérité, il prétendait qu'il jouait un tour à l'armée qu'il combattrait dès qu'il aura reçu d'elle suffisamment d'armes et de munitions. à la population, il clamait que sa troupe était la vraie ALN.
Belhadj fut un grand responsable dans le parti nationaliste PPA-MTLD. C'est un “historique”. Belhadj a côtoyé les grands dirigeants de l'OS (Organisation spéciale créée en 1947): Mohamed Belouizdad (le premier chef de l'OS), Hocine Aït Ahmed, Mohamed Boudiaf, Ahmed Ben Bella, Mohamed Maroc, Djillali Reguimi, Amar Aït Hamouda, Ahmed Mahsas.
Il a fait partie de l'état-major de l'OS . Sorti aspirant de l'Ecole d'élèves officiers de Cherchell, il était chargé de l'instruction militaire.
La ferme familiale, à Zeddine, a abrité, en décembre 1948, la réunion du Comité central élargi du MTLD. En mars 1950, lors du démantèlement de l'OS par la police française, il fut arrêté et condamné à 3 ans de prison. C'est dans cette période qu'il fut retourné et devint “collaborateur” des services de renseignements français.
Les responsables de la wilaya gérèrent intelligemment ce maquis contre-révolutionnaire, installé dans la zone 3 de la Wilaya IV. L'ALN œuvra à contenir et à bloquer son extension afin de le fixer dans les limites de son fief de Zeddine. Néanmoins, au début d'avril 1957, le commando Djamal, sous le commandement de Si Mohamed, chef militaire de la zone à l'époque, donna l'assaut au PC de Belhadj, tuant de nombreux belhadjistes dont le propre frère de Abdelkader Belhadj.,L'armée française dut recourir à l'aviation pour secourir la force K et lui éviter de graves pertes. Cette action de l'ALN contribua à mettre à nu la duperie de Kobus et dévoila au grand jour sa collaboration avec l'ennemi.
Dans la nuit du 3 mai 1958, le contingent des belhadjistes (fort de 350 hommes environ) affecté à l'Ouarsenis, poursuivi par l'armée française, rejoint le commando Djamal à Tafrent.
Nous étions plus de 450 djounoud. Cet effectif important ne constitue nullement un avantage. Bien au contraire, il s'avère être un handicap et la cause de maintes difficultés. L'ALN avait opté, lors du Congrès de la Soummam, pour la katiba (compagnie), unité idéale pour mener des actions de guérilla. La taille de la katiba, 110 à 120 hommes, répartis en 3 sections, lui donnait une très grande mobilité et la rendait insaisissable. En cas de forte pression de l'ennemi, la katiba pouvait se scinder en 3 unités d'une section chacune et se regrouper rapidement après. Un effectif de plusieurs centaines de djounoud constituait une cible très facile, surtout en cas d'attaque aérienne. Les ex-belhadjistes qui ne sont pas entraînés à notre forme de combat et qui n'ont jamais subi de bombardements, rendent donc notre formation vulnérable. Avant l'aube, nous quittons la dechra. Nous rejoignons la forêt. Nous nous installons sur la plus importante crête. Le commando se place en première ligne. Devant nous, une autre forêt, dont nous sommes séparés par un terrain nu, envahi par la broussaille. Tôt le matin, un mouvement de troupe est signalé, avançant lentement vers la dechra que nous venons de quitter. Nous apprendrons, plus tard, que c'est une unité de chasseurs-alpins. Ils viennent donc côté Sud, par rapport à notre position. Il fait jour. C'est calme. Un calme stressant. C'est toujours le même stress que nous ressentons avant que n'éclatent les premiers coups de feu. Nous ne bougeons pas. Nous attendons dans un grand silence. Puis une information arrive, relayée d'un djoundi à l'autre, murmurée. Des soldats arrivent à la forêt située en face, par petits groupes, sans faire de bruit. Ils viennent de Draâ El Halfa, un poste avancé installé à Beni Boudouane. Un long moment s'écoule, sans que rien se passe. Il est 8 heures. Puis, enfin, les soldats débouchent de la forêt. Ils avancent en formation d'essaim, sur un terrain nu; ils se dirigent vers la crête que nous occupons. Nous les laissons approcher. Ils sont nombreux. Parfois, la broussaille haute en certains endroits les couvre en partie. Nous les laissons encore progresser. Les premiers soldats sont à présent à quelques dizaines de mètres. Nous ouvrons le feu. Un déluge de balles s'abat sur eux. Je suis près du tireur de la mitrailleuse, une MG. Je vois un groupe entier tomber, fauché par la première rafale de la MG. “El Houdjoum” crie Si M'hamed, le chef du Commando. Nous quittons notre position et fonçons sur les soldats. Nous récupérons toutes les armes. Parmi les soldats, il y avait des harkis, sûrement de Beni Boudouane. Lors de cet assaut, nous serons témoins d'une scène de judo. Un soldat était étendu, apparemment sans vie. Un compagnon saute sur lui pour récupérer son arme. Contre toute attente, le soldat se relève à moitié, saisit le djoundi et, par un jeu de jambes, le soulève et le projette à plusieurs mètres. Il allait abattre notre compagnon. Nous achevons cet adepte des arts martiaux.
Nous poursuivons les soldats qui courent, se replient. Ils se retranchent derrière une butte. Nous ne pouvons les déloger. Il faut décrocher et quitter les lieux. Nous sommes dans une position dangereuse. L'ennemi est partout. Au Sud, les chasseurs alpins avancent vers notre position. Au Nord, il y a le territoire hostile des Béni Boudouane. Je marche côte à côte avec Kadi Méliani, un ami d'enfance. J'avais récupéré des munitions ainsi qu'un sac à dos. C’est le moment de partager le “butin”: du fromage, du pain et du chocolat. Nous avions faim. La veille, comme l'avant-veille, nous n'avons mangé que deux fois de la “m'hamessa” (plombs). Ce sac a failli nous coûter la vie à Méliani et à moi-même. Inconsciemment, je l'ai enfilé sur mon dos. Vraisemblablement, des ex-belhadjistes restés en retrait, me prirent pour un soldat français et tiraient sur moi. Je ne comprenais pas ce qui m'arrivait. C'est Méliani qui saisit la méprise et me crie de jeter le sac.
Soudain, le bruit des avions remplit le ciel. Une vingtaine d'avions arrivent. Des T6, des Mystère, des bombardiers B 19 et B 26, des Piper (ou “mouchards”, comme les appellent les djounoud) qui renseignent les avions et les troupes au sol sur nos mouvements. Après avoir tourné assez haut, ces engins de la mort arrivent sur nous. Ils piquent, lâchent des roquettes ou de longues rafales, remontent puis reviennent et recommencent, observant le même rituel. Après le passage des chasseurs, c'est au tour des bombardiers qui, souvent, sans piquer lâchent à l'aveuglette de grosses bombes.
Les ex-belhadjistes qui ont rejoint notre commando ne connaissent pas cette guerre. Ils sont paniqués. Ils courent dans tous les sens. Ils se déplacent à plusieurs, constituant ainsi une cible idéale pour les avions. Il y a de nombreux morts et blessés parmi eux. J'ai vu près de moi, quatre djounoud déchiquetés par une seule roquette. Il faut donc les encadrer, les orienter, diriger leurs déplacements. Si M'hamed ordonne le repli par l'Ouest pour rejoindre T'kader, au-delà de la crête. L'aviation s'acharne. Les tirs de roquettes, des mitrailleuses deviennent plus denses, plus précis. Ces raids disloquent notre grosse formation. Le gros des ex-belhadjistes, accompagnés de membres du Commando, parviennent à franchir la colline. Nous apprendrons plus tard que la katiba régionale dirigée par Si Amar qui occupait une crête située non loin a facilité le passage de nos éléments. Le reste de notre katiba est piégé dans ce qui ressemble à une cuvette, peu boisée. Rejoindre nos compagnons devient impossible. Car, subitement, une noria d'hélicoptères surgit, plein ouest; une dizaine d'appareils des “bananes”(3) formant une longue colonne. Avant qu'ils ne touchent le sol, les soldats sautent, par section entière. L'armée française vient de nous verrouiller la voie du repli.
http://www.liberte-algerie.com/contribu ... 959-220635

AAF 2020
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Re: Post-it: Les Héros de La Résistance Algérienne [1830-196

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LE 5 MAI 1959, TOMBAIT LES ARMES À LA MAIN LE CHEF DE LA WILAYA 4 LE FRÈRE DU COLONEL SI M'HAMED BOUGARA À L'EXPRESSION : «NOUS RECHERCHONS TOUJOURS LE CORPS»
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De gauche à droite: Krim Belkacem, Mohammedi Saïd dit Si Nacer, M'Hamed Bougara, Slimane Dehilès, Salah Zaâmoum, Amar Ouamrane
Demain sera célébré le 55e anniversaire de la disparition du martyr Si M'Hamed Bougara. Sur les lieux de sa dernière bataille. A défaut d'une tombe qui attend son corps pour y être inhumé. Mais pourquoi l'armée française cache-t-elle le corps plus d'un demi-siècle après?...
Déluge de feu sur les maquis. Dès son arrivée au pouvoir, le général de Gaulle s'était juré de «mater la rébellion» pour ensuite imposer «sa» solution à ce qu'il appelait alors «la question algérienne». Elu premier président de la Ve République française, le 8 janvier 1959, l'une de ses premières décisions fut de confier le commandement militaire en Algérie au général Challe en renforçant sa puissance de feu par des moyens militaires qui n'avaient pas encore été utilisés jusque-là.
Challe mit au point son plan qui consistait à déporter systématiquement les populations rurales vers des camps de regroupement, véritables camps de concentration, gardés par ses militaires. Il entra en action le 6 février 1959.
Les tracts annonçant sa mort
C'est ainsi qu'il vida les villages et douars de l'intérieur privant les combattants algériens de toute aide logistique auprès de la population. Sur le plan militaire, Challe utilisera ce qu'il appellera «l'aéromobilité». C'est-à-dire débarquer, grâce à l'envoi de France des hélicoptères Sikorsky, des troupes en plusieurs points d'un large périmètre pour fractionner les combattants d'une même katiba en plusieurs petites «poches» isolées les unes des autres. Sans ravitaillement, réduits en petits groupes, les moudjahidine se voyaient pris en étau par des milliers de soldats envoyés en renfort par Paris et que Challe déversait sur les crêtes des montagnes par les fameux hélicoptères que nous avons cités plus haut et qui étaient rejoints par des troupes venues des plaines où elles étaient stationnées. C'est ce qu'on appela le «plan Challe».
Un plan qui comportait plusieurs opérations. «Jumelles», «Turquoise», «Saphir», «Emeraude», «Topaze», etc. Chacune pour une partie bien délimitée du territoire algérien.
C'est dans ce contexte de guerre à outrance que le colonel Si M'Hamed Bougara, Chef de la Wilaya 4 historique fut encerclé avec quelques-uns de ses compagnons au lieudit Ouled Bouachra, dans la région de Médéa. Pour Challe c'était l'opération «Courroie». Les forces et les moyens étaient trop inégaux. Aucune possibilité de mouvement, aucun approvisionnement possible, l'ennemi qui montait de la plaine et les hélicoptères qui larguaient des commandos sur les crêtes, ne laissaient aucune chance au chef de la Wilaya 4. Il mena cependant le combat de la dignité et du sacrifice plusieurs jours jusqu'à la dernière balle. Le 5 mai 1959, les armes se sont tues sur Ouled Bouachra. Un silence lugubre interrompu peu après par des hélicoptères qui ont largué des tracts annonçant la mort de Si M'Hamed Bougara. Histoire de démoraliser les autres groupes de moudjahidine dans un large périmètre ainsi que les populations retenues dans les «camps de regroupements». La cruauté du général Challe ne s'arrêta pas là. Ses hélicoptères évacuèrent le corps de Si Bougara vers une destination inconnue. Très certainement pour éviter que le lieu de son enterrement ne devienne un lieu de pèlerinage pour la population. L'armée coloniale avait peur de Si Bougara même mort. Pour mieux comprendre la hantise de Challe et de ses troupes, nous avons essayé de retracer le parcours de ce héros de la guerre de Libération. Si M'Hamed Bougara est né à Khemis Miliana le 2 décembre 1928. Après avoir obtenu son certificat d'études, il entreprit une formation technique. Sa soif de connaissance lui fit prendre la route vers la Tunisie où il suivra des cours à la célèbre université de la Zitouna.
L'adieu à la famille
On peut facilement dater sa prise de conscience du sort du peuple algérien dominé par la colonisation française depuis plus d'un siècle car, de retour à Khemis Miliana, il rejoint les Scouts musulmans algériens et adhère au PPA. Il avait à peine 17 ans lorsque les manifestations du 8 Mai 1945 ont eu lieu et auxquelles il a, bien sûr, participé.
Arrêté et torturé, il en sort plusieurs mois après encore plus déterminé à s'engager dans la lutte contre l'occupant. On le retrouve dans l'Organisation secrète (L'OS) en 1950 où de nouveau il est arrêté par les forces coloniales. Après avoir purgé sa deuxième incarcération, il est soumis à une étroite surveillance. Une surveillance à laquelle il échappe et gagne la capitale pour renforcer les groupes qui allaient donner naissance à la révolution de Novembre 1954.
Recherché par les services de police et l'armée française, il rendit une dernière visite à son frère Mohamed pour lui faire ses adieux et rejoindre le maquis, dans la région de Theniet El Hadd avant même le 1er Novembre 1954. Il prend part au Congrès de la Soummam lors duquel il est promu commandant politique de la Wilaya 4.
En 1957, il succède à la tête de la Wilaya 4 au colonel Slimane Dehilès connu sous le nom de Si Sadek lorsque celui-ci se rendit à Tunis pour prendre ses nouvelles fonctions au sein du Conseil national de la Révolution algérienne (Cnra).
C'est ainsi qu'il dirigea durant deux longues années la Wilaya IV, affrontant les pires conditions de lutte et de survie dans les maquis. Jusqu' à ce fatidique jour du 5 mai 1959 où il lutta jusqu'au bout de ses forces contre l'une des puissances militaires de l'Otan. Une puissance qui, malgré tout, avait peur de lui, même mort, puisqu'elle a caché son corps. Une dépouille que sa famille recherche toujours. A ceux qui auraient pu croire que l'armée française a «fait une oeuvre civilisatrice» en Algérie!
http://www.lexpressiondz.com/actualite/ ... C2%BB.html

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Message par AAF 2020 »

Histoire : Larbi Ben M’hidi a-t-il été assassiné à Chebli ?
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L’histoire officielle veut que Larbi Ben M’hidi se soit suicidé dans sa cellule dans la nuit du 3 au 4 mars 1957.
Une mort aussi suspecte que celle survenue quelques jours après, le 23 mars, de l’avocat Ali Boumendjel qui se serait jeté par la fenêtre d’un immeuble de l’avenue Ali Khodja, à El Biar. Au sujet de la fin tragique de Larbi Ben M’hidi, le colonel Jacques Allaire (à l’époque lieutenant sous les ordres de Bigeard) qui l’avait arrêté dans un appartement de l’avenue Claude Debussy à Alger, le 25 février 1957, ne croit pas au suicide. Il a qualifié l’homme de «seigneur» : «Ben M’hidi était impressionnant de calme, de sérénité, de conviction. Un tel homme ne pouvait pas se suicider. Je l’ai remis à l’état-major et à une équipe qui est venue le chercher, et c’était la nuit, et bien que le règlement s’y opposait, je lui ai fait présenter les armes, parce qu’il faut reconnaître chez son adversaire la valeur et le courage.»
Quelqu’un en qui l’ennemi-même reconnaît une telle valeur et un tel courage pouvait-il se suicider ? «Ce n’est pas un homme comme Larbi Ben M’hidi qui se suicide !», avait avoué le général Marcel Bigeard à la sœur du martyr, Drifa Ben M’hidi, en 2002, à Paris. En 2001, dans son livre Services spéciaux, Algérie 1955-1957, paru aux éditions Perrin, le général Paul Aussaresses reconnaît avoir procédé à l’exécution sommaire, par pendaison maquillée en suicide, de Larbi Ben M’hidi, dans la nuit du 3 au 4 mars 1957, avec «l’assentiment tacite de sa hiérarchie militaire et d’un juge qui aurait lu le rapport sur le prétendu suicide avant que celui-ci ait eu lieu».
Dans une interview accordée au journal Le Monde, le 5 mars 2007, Aussaresses décrit dans les détails les derniers moments de Ben M’hidi : «Larbi Ben M’hidi est conduit dans la ferme désaffectée de la Mitidja d’un colon extrémiste située à 20 km au sud d’Alger. Six hommes, dont Aussaresses, préparent l’exécution en passant une corde à travers un conduit de chauffage. L’un des hommes a joué le rôle du supplicié pour vérifier que tout était au point. Il est monté sur un tabouret, a passé sa tête dans le nœud et regardé les autres, provoquant un fou rire général. Un parachutiste veut bander les yeux de Ben M’hidi. Celui-ci refuse. Il sera pendu les yeux bandés et se taira jusqu’à la fin. Pour le pendre, ils vont s’y prendre à deux fois. La première fois, la corde a cassé.»
Une brèche pour les historiens
A une vingtaine de km d’Alger, en allant vers le sud, dans la plaine de la Mitidja, parmi les colons qui préparent leur «défense et le contre-terrorisme», Robert Martel, agriculteur et propriétaire de vignes à Chebli, essaie d’attirer l’attention de tout le monde. Dès 1954, il propose au maire de sa commune la mise sur pied d’une milice. L’Union française nord-africaine est née le 25 août 1955 (Robert Martel en sera le secrétaire général en octobre de la même année). Le discours de l’UFNA est radical et milite ouvertement pour l’autodéfense des Français d’Algérie : «S’il le faut, avant d’être égorgés, nous égorgerons !» Il sera, par la suite, l’un des fondateurs de l’OAS. Les habitants de la région, encore vivants aujourd’hui, parlent de réunions fréquentes de militaires et de prisonniers torturés dans les caves, les remises et autres garages. Des messes nocturnes qui n’auguraient rien de bon.
Certains prétendent même que Paul Aussaresses venait fréquemment rendre visite à Robert Martel. L’emplacement de cette ferme concorde avec celui de l’endroit où le tristement célèbre général avoue avoir aidé ses complices à «suicider» Larbi Ben M’hidi. Les Arabes de Chebli savaient que les sales besognes se déroulaient dans cette ferme qui leur faisait peur, tant son propriétaire était redouté. La ferme s’appelait La Cigogne ; une mauvaise prononciation du nom en français en a fait d’elle «haouch cigou». Ce qui reste encore debout de la sinistre ferme de Robert Martel, théâtre probable d’innombrables crimes, témoigne d’un sombre pan de l’histoire de l’Algérie qui reste à écrire si l’on veut tourner la page sereinement et définitivement sur ce qui s’est passé loin du regard de l’historien.
http://www.elwatan.com/hebdo/histoire/h ... 07_161.php

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Colloque international sur l’insurrection d’El Mokrani : 1871, l’année où les Algériens ont perdu la guerre et la terre
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Les chefs et leaders de l’insurrection de 1871, Cheikh Aheddad et El Mokrani.
Bien que très peu connue et insuffisamment étudiée par les historiens et les chercheurs, l’insurrection de 1871, menée par Cheikh Aheddad et le chef de guerre et néanmoins bachagha Mohamed El Mokrani, a été un moment particulier dans l’histoire de par les bouleversements qu’elle a induits sur le plan social, politique et économique.
Il faudrait d’abord rappeler que la déclaration de guerre d’El Mokrani puis l’appel au djihad lancé par Cheikh Aheddad, chef spirituel de la Tariqa Rahmania ont jeté 250 tribus et un tiers de la population algérienne sur les sentiers de la guerre. Sur le terrain, face à une armée professionnelle et disciplinée, les paysans mal armés et très peu encadrés ont subi une très lourde défaite. C’est ce moment de fléchissement collectif que choisit l’administration coloniale pour appliquer la politique de la terreur.
En guise de représailles, elle décrète une amende pharaonique de 40 millions en or, le séquestre des terres cultivables et des bêtes, l’interdiction des conseils de village et des zaouïas, l’exil forcé et les déportations vers les sinistres bagnes de la Calédonie, alors que de son côté, l’armée poursuit les exécutions sommaires, les humiliations individuelles et collectives, les incendies de villages et l’abattage des arbres. Rien n’a été épargné aux insurgés. «Après l’exil et la déportation puis le séquestre des terres, la famine s’installe. Des cohortes d’affamés et de miséreux vont sillonner toutes les routes d’Algérie», dit Abdelhak Lahlou. C’est ce désarroi total, ce naufrage collectif que le chercheur cité plus haut ainsi que le journaliste écrivain Rachid Oulebsir ont essayé de retracer en interrogeant la poésie kabyle de l’époque, pour l’un, et la mémoire collective pour l’autre.
En fait, la disparition programmée des chefferies politiques et religieuses a entraîné la ruine des valeurs morales et sociales d’une société qui finit par s’effondrer. «Un nouvel ordre politique et social est imposé par l’administration coloniale», dit Abdelhak Lahlou. S’appuyant sur l’expérience de sa propre famille et de sa tribu, Rachid Oulebsir dira qu’il a fallu trois générations aux descendants de ses ancêtres pour racheter les terres séquestrées par l’administration coloniale. L’autre image invoquée par le journaliste écrivain et celle de ces milliers de veuves et de femmes kabyles obligées de danser jusqu’à l’épuisement pour avoir droit à un «litre» d’orge.

Ces grotesques cérémonies étaient organisées sur les places publiques des villages par les nervis de l’administration comme humiliation suprême. La fameuse expression «Marquits a lkhodja thejdheh !», (secrétaire, note bien sur le registre qu’elle a dansé), date de cette sinistre époque. Le sociologue Abdelmadjid Merdaci a, quant à lui, tenté de revenir sur l’origine des résistances anticoloniales. «La question de la terre et du rapport communautaire à la terre sont fondateur d’une identité collective», dira-t-il.

Intervenant en dernier, l’historien Benjamin Stora a choisi de faire le parallèle entre l’insurrection de 1871 en Algérie et celle de la Commune de Paris, la même année. Même si, a priori, aucun lien objectif n’existe entre la révolte des communards parisiens et celle des paysans kabyles, on peut, selon Stora, faire une lecture parallèle des faits en commençant par la répression sanglante des deux révoltes. «L’armée coloniale a voulu laver l’affront de la défaite de Sedan par l’écrasement d’El Mokrani», dira-t-il.

L’armée va désormais appliquer un schéma classique : démarrage d’une insurrection, isolement, répression et décapitation des chefs. D’ailleurs, les révoltés des deux insurrections vont se retrouver en Nouvelle-Calédonie où ils ont été déportés. Toujours selon l’historien, la défaite de 1871 va également donner le coup d’envoi du processus migratoire des Kabyles vers la France. Paysans désormais sans terre, ils formeront les premiers contingents d’ouvriers algériens à la recherche d’un travail en Métropole. «La dépossession des terres entraîne l’émigration massive des Kabyles vers la France», dira Benjamin Stora.
http://www.elwatan.com/hebdo/histoire/1 ... 01_161.php

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Baptisation de l’Ecole d’application du transport et de la circulation de Tlemcen au nom du Chahid Louadj Mohamed
TLEMCEN- L’Ecole d’application du transport et de la circulation de Tlemcen a été baptisée, jeudi, du nom du Chahid "Louadj Mohamed" dit "Commandant Ferradj", lors d’une cérémonie présidée par le général Yacine Aidoud, chef d’état-major de la deuxième région militaire.
Au cours de cette cérémonie de baptisation, qui intervient en application des décisions du général de corps d'armée, chef d'état major de l’Armée nationale populaire (ANP) et vice-ministre de la Défense, le général Aidoud a souligné que "baptiser des structures militaires des noms de nos valeureux martyrs est un grand honneur pour celles-ci et une grande responsabilité qui incombe aux
éléments de l'ANP dignes héritiers de ceux de l’Armée de libération nationale (ALN)".
Il a ajouté que "cette responsabilité exige plus d’efforts et de sacrifices de la part des éléments de l’ANP, afin de relever les grands défis auxquels fait face l’Algérie, ceux de la défendre et de sauvegarder sa souveraineté et sa stabilité".
De son côté, le colonel Mohamed Naalamane, commandant de l’école a présenté, dans son allocution, un bref aperçu sur les sacrifices du chahid dont le nom a été donné à cet établissement.
Après l'inauguration de la plaque commémorative portant le nom du martyr, la famille du commandant Farradj a été honorée en présence des autorités civiles et militaires de la wilaya de Tlemcen.
Le chahid "Louadj Mohamed", natif de Ain Ghraba (Tlemcen) en 1934, a travaillé comme enseignant avant de rejoindre en 1952 l’Association des oulémas algériens et devenir un membre efficace dans les cellules du comité révolutionnaire.
Après avoir effectué plusieurs opérations clandestines, il a contribué à l'organisation de la révolution, où il a travaillé à la tête d'un groupe armé.
En reconnaissance pour ses capacités, le commandement de la wilaya cinq historique l'a désigné responsable de la zone 5 avec grade de commandant.
Il a participé à plusieurs combats contre les forces coloniales françaises et à la réunion des 10 colonels en Tunisie comme représentant du colonel Lotfi, puis à la réunion du Conseil de la révolution à Tripoli.
Il tomba au champ d'honneur le 27 mars 1960 dans une bataille héroïque dans la région de Béchar, au coté du colonel Lotfi
http://www.aps.dz/fr/les-breves/breves- ... dj-mohamed

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O.BOUAGHI:LA BASE AERIENNE BAPTISEE DU NOM DU CHAHID MALKI EL-HARKATI
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OUM EL BOUAGHI - La base aérienne militaire d’Oum El Bouaghi a été baptisée du nom du chahid Malki El-Harkati, au cours d’une cérémonie présidée lundi par le général major Benali Ben Ali, commandant de la 5ème région militaire (RM).
Après la cérémonie d’accueil à l’entrée de la base, le général major Benali a dévoilé la plaque commémorative portant le nom du lieutenant chahid Malki El-Harkati, en présence des officiers de la 5ème RM et des autorités de wilaya.
Dans une allocution prononcée au foyer des officiers de la base, le commandant de la 5ème RM a estimé que cette initiative traduit l’attachement du commandement de l’Armée nationale populaire à "son authenticité, à ses valeurs civilisationnelles et la grandeur des chouhada qui ont donné leur vie pour la gloire et l’indépendance de l’Algérie".
De son côté, le commandant de la base, le général Mohamed El-Hadi Boukessoul, a mis l’accent sur la grande place qu’occupent les chouhada dans "notre culture et notre histoire".
Une brève biographie du chahid Malki El-Harkati a été présentée à cette occasion par le colonel Lahmadi Bouguern. Ce martyr est né au village de Sidi R’ghiss en 1912 au sein d’une famille paysanne moyenne. Il apprit très jeune le Saint Coran et exerça les métiers d’agriculteur et de maçon. Nationaliste et amoureux de son pays, il rejoignit en 1955 la zone 4 dans la wilaya I historique pour accéder rapidement au grade de lieutenant. Il tomba au champ d’honneur en 1960 au terme d’une résistance héroïque après l’encerclement de son groupe de moudjahidine par l’armée d’occupation.
Le commandant de la 5ème RM a honoré à cette occasion des membres de la famille du chahid Malki.
http://www.constantine-aps.dz/spip.php?article29408

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La grève des étudiants en 1956 une "défaite cuisante pour le colonialisme" (conférence)
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ALGER- Les participants à la conférence organisée mercredi à Alger à l'occasion de la journée de l'étudiant, ont estimé que la grève des étudiants algériens le 19 mai 1956 et leur adhésion à la révolution ont été "une défaite cuisante pour le colonialisme français".
Les moudjahidine, chercheurs et enseignants universitaires présents à la conférence, organisée à l'université d'Alger 3, ont précisé que le boycott des cours et des examens de fin d'année par les étudiants pour rejoindre les rangs de la révolution était "une défaite pour les autorités coloniales qui voulaient "former la première élite d'Algériens imprégnée des idées et de la culture françaises".
Le directeur de l'université, Rabah Cheriet, a affirmé que le 19 mai 1956 a été "un jour décisif pour le mouvement de libération nationale dans le sens où l'élite intellectuelle a décidé de rejoindre la lutte armée pour la libération du pays".
De son côté, le moudjahid Djelloul Baghli, un des fondateurs de l'Union générale des étudiants musulmans algériens (UGEMA) a présenté un aperçu sur l'histoire et les motifs de la création de cette union qui "a rassemblé tous les étudiants algériens ainsi que d'autres européens parmi ceux qui soutenaient la cause algérienne en dépit de certaines différences, au début, autour de l'appellation de cette organisation.
"Le mouvement estudiantin ne date pas d'hier mais remonte à la fin de la première guerre mondiale notamment au sein de l'Etoile nord-africaine", a-t-il encore dit.
Le moudjahid Belaid Abdeslam qui compte parmi les fondateurs de l'Union a rappelé, quant à lui, le rôle capital des étudiants algériens dans la défense de l'identité nationale en l'occurrence la religion musulmane et la langue arabe.
Le professeur américain de l'université américaine au Caire, Henry Clement Moore, a présenté des témoignages vivants sur l'émergence du mouvement et son rôle dans la sensibilisation des étudiants à l'importance de la lutte armée.
Le professeur qui enseignait à l'université d'Alger à l'époque et qui soutenait la guerre de libération, a annoncé avoir élaboré une thèse sur la naissance de l'Union et les principales rencontres qu'ils a eues avec les étudiants et dirigeants de la guerre de libération.
D'autre part, le moudjahid Djamel Houhou a évoqué la realpolitik de l'époque et le rôle important des étudiants pour faire entendre la voix de la révolution et contribuer à l'aboutissement de l’indépendance.
http://www.aps.dz/fr/algerie/5938-la-gr ... C3%A9rence

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L’ECOLE DES SOUS-OFFICIERS D’INTENDANCE DE GUELMA BAPTISEE DU NOM DU CHAHID SEDDIK BOURIDAH
GUELMA - L’école des sous-officiers d’intendance de Guelma a été baptisée, mercredi, du nom du chahid Seddik Bouridah au cours d’une cérémonie présidée par le commandant de la 5ème région militaire, le général major Benali Ben Ali.
Au cours de cette cérémonie à laquelle ont pris part les autorités locales et des proches du chahid, le général major Benali a rappelé que le but essentiel de ces baptisations est de "valoriser le patrimoine historique du pays et d’enraciner de nobles valeurs dans les rangs des générations montantes, au sein de la société algérienne qui voue une place sacrée aux martyrs".
Cette initiative qui concerne les unités militaires de la 5ème RM ainsi que celles des autres régions militaires "mérite d’être saluée et encouragée", a estimé le même officier supérieur. De son côté, le commandant de l’Ecole, le colonel Zaïdi Djerboua, a estimé que la baptisation de cet établissement militaire du nom d’un chahid connu pour son militantisme et son héroïsme dans le combat contre l’occupant constituait un "grand honneur".
Présentant une biographie du chadid, le directeur régional de la communication, de l’information et de l’orientation à la 5ème RM, le colonel Lahmadi Bougarne, a indiqué que Bouridah, né le 27 novembre 1932 à Jijel au sein d’une famille pauvre, milita dans les rangs du MTLD (Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques) dès 1952. Il rejoignit les maquis de la Révolution le 4 mai 1956 où il devint commandant d’une katiba, responsable politico-militaire et l’un des grands chefs militaire de la wilaya II historique.
Seddik Bouridah avait dirigé plusieurs batailles contre l’occupant dont celles d’Oued Zeggar et de Taskif, avant de tomber au champ d’honneur à Djebel Bouhench le 1er janvier 1960.
Le commandant de la 5ème RM a honoré à cette occasion le fils et la fille de l’unique sœur du chahid.(APS)
http://www.constantine-aps.dz/spip.php?article29425

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Etablir une encyclopédie des figures de la base de l’Est (rencontre)
SOUK AHRAS - Les participants au séminaire national "Souk Ahras, capitale de la base de l’Est", dont les travaux ont été clôturés jeudi dans cette ville, ont recommandé le lancement d'un projet de recherche pour établir une encyclopédie des figures révolutionnaires de la région.
Des universitaires, issus de 19 wilayas du pays, ayant pris part au séminaire, aux côtés des autorités locales et de nombreux moudjahidine ont notamment appelé à éditer les actes du séminaire et à créer un département d’histoire et d’archéologie au sein de l'université.
La rencontre, tenue pendant deux jours à l’université Mohamed Chérif Messaâdia, a abordé l’organisation militaire et les actions révolutionnaires menées dans la région, ainsi que certaines de ses grandes figures dont saint Augustin, Chihab Eddine Ettifachi et Mohamed Chérif Messaâdia.
Les intervenants durant le séminaire, organisé par la faculté des sciences sociales et humaines, ont relevé l’importance de la base de l’Est dans l’acheminement des armes et munitions vers les maquis de l’intérieur du pays, dans l’entraînement des cadres de la Révolution et dans l’accueil des blessés.
Les activités de Mohamed Chérif Messaâdia aux côtés d’Abdallah Belhouchet et Ahmed Draia au sein du front du Sud ont été notamment mises en exergue par Yacine Khedhaïria de l’université de Souk Ahras.
http://www.aps.dz/fr/les-breves/breves- ... -rencontre

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LE NOM DU CHAHID MESSAOUD HMIDA DONNE A L’ECOLE DES SOUS-OFFICIERS DU MATERIEL DE SKIKDA
SKIKDA - Le nom du chahid Messaoud Hmida a été donné, jeudi, à l’Ecole des sous-officiers du matériel de Skikda au cours d’une cérémonie présidée par le chef d’état-major de la 5ème région militaire (RM), le général Saïd Ziad, en présence des autorités locales et des proches du chahid.
Dans une allocution prononcée à cette occasion, le chef d’état-major de la 5ème RM a rappelé que l’initiative consistant à baptiser les établissements militaires des noms de chouhada constitue "une démarche à saluer et encourager" car elle permet, a-t-il ajouté, "d’imprégner les générations montantes des valeurs et des idéaux pour lesquels un million et demi de martyrs se sont sacrifiés".
Le commandant de l’Ecole, le colonel Mohamed-Amine Khelili, a exprimé "l’insigne honneur" que représente pour son établissement le fait de porter le nom de ce vaillant chahid, connu pour ses actions héroïques durant la guerre de libération.
Selon une biographie succincte du chahid, présentée à cette occasion par le capitaine Redouane Athmani, officier à la direction régionale de communication, d’information et d’orientation de la 5ème RM, Messaoud Hmida est né le 20 juillet 1929 au douar Boutib dans la commune d’Essebt (Skikda) au sein d’une riche famille paysanne.
Orphelin, il a été élevé par son grand-père puis par son oncle paternel qui lui assura un enseignement traditionnel lui ayant permis de devenir enseignant du Saint Coran. Messaoud rejoignit très tôt le mouvement national pour gagner, en 1956, les maquis de la Révolution dans la région d’Essebt relevant de la wilaya II historique où il devint responsable des liaisons sous le commandement des colonels Amar Benaouda et Ali Mendjeli.
Durant l’été 1958, il tomba au champ d’honneur aux côtés de trois autres moudjahidine au cours d’un violent accrochage avec les forces d’occupation françaises, dans la région de Mazaz près du village d’Oum Ennahl, dans la commune d’Essebt. Le chef d’état-major de la 5ème RM a honoré, lors de cette cérémonie, la veuve du chahid et son fils unique.(APS)
http://www.constantine-aps.dz/spip.php?article29469

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La participation des étudiants à la guerre de libération est intervenue avant la grève du 19 mai 56 (moudjahida)
ALGER- La moudjahida Leila Kheira Tayeb a affirmé lundi à Alger que la participation des étudiants algériens à la révolution de libération nationale était intervenue bien avant la grève du 19 mai 1956 qui a constitué un "tournant" décisif dans le processus du combat libérateur.
"La participation des étudiants algériens à la révolution est intervenue dès les premières heures de la révolution en 1954", a rappelé la moudjahida, dans une conférence animée au forum de la sûreté nationale de l'école supérieure de police Ali-Tounsi à l'occasion de la journée de l'étudiant.
"Avant mai 1956, des étudiants ont rejoint les rangs de la révolution sous la bannière de l'armée et du Front de libération nationale en tant que fidayine", a-t-elle dit, précisant que "certains sont tombés au champ d'honneur avant la grève".
Selon elle, la grève du 19 mai 1956 et l'adhésion des étudiants à la révolution ont constitué un tournant décisif dans l'évolution du combat libérateur, notamment par l'écho qu'elle eu auprès de l'opinion publique internationale.La grève des étudiants a démontré que le peuple tout entier était uni autour de la révolution, a-t-elle encore ajouté.
Elle a rappelé la contribution des étudiants à la diplomatie du Front de libération nationale, citant l'exemple de Mohamed Seddik Benyahia et M'hamed Yazid.
De nombreux étudiants figuraient parmi les effectifs du ministère de l'armement et des liaisons générales (MALG). D'autres ont contribué à la création de la radio Sawt El Djazair (voix d'Algérie) ou participé à la préparation des négociations politiques avec la France en 1959 dans le cadre des comités mis en place en Tunisie et en Libye, a-t-elle ajouté.
http://www.aps.dz/fr/algerie/6164-la-pa ... moudjahida

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Salah Boubnider dit Sawt El Arab : Responsable de la wilaya II (1959-1962)
Un chef vaillant qui déjoua le Plan Challe dans le nord-constantinois.
C’est aujourd’hui le 27 mai, le 9e anniversaire de la mort de Salah Boubnider, décédé à l’âge de 76 ans, après avoir mené une vie de combattant héroïque pour l’indépendance de son pays et de militant engagé pour une Algérie républicaine, moderne et progressiste.
Enfant d’une modeste famille de la ville d’Oued Zénati, après la mort de son père et assez jeune, il quitta la médersa pour se consacrer à la subsistance de sa famille.
Jeune scout (SMA), il eut comme «morched» Abdelhamid Mehri (ministre du GPRA et ex-secrétaire général du FLN). Après les massacres du 8 Mai 1945 qui touchèrent durement la région de Guelma et d’Oued Zénati, il s’enrôla dans une cellule du MTLD-PPA, puis dans une de l’OS que dirigeait Slimane Barkat (un évadé de prison de Annaba). Il fut arrêté lors de la fameuse affaire de Tébessa en 1950 et condamné à 18 mois de prison. Lors de son court séjour à la prison de Annaba, il se lia d’amitié avec Zighoud Yousssef dit «Si Ahmed», avant son transfert à la prison de Barberousse à Alger. A sa sortie de prison en 1952, il reprit ses activités de militant dans l’OS (Organisation secrète). Début 1955, il forme un groupe d’une dizaine de militants, dont Kahlarras Abdelmajid, Belloucif Rabah, Mahjoub Laïfa et rejoint en février de cette année-là le groupe de Smendou que dirigeait Zighoud, qui venait juste d’assurer la relève de Didouche Mourad, tombé au champ d’honneur.
Il fut aussitôt chargé par Zighoud du secteur de Constantine-Aïn Abid-Oued Zénati. Il s’avéra être un meneur d’hommes exceptionnel, au point qu’au cours d’un accrochage avec les forces ennemies, alors que ses compagnons commençaient à perdre tout espoir lorsqu’ils virent poindre dans le ciel des avions de combat, il se mit à les encourager en les assurant que ces avions étaient les nôtres venus à leur rescousse et qu’il fallait donc continuer le combat.
C’est ce qui lui valut le surnom de Sawt El Arab, par référence à l’émission de la Radio du Caire dénommée «Sawt El Arab» et d’où la voix vibrante de Aïssa Messaoudi (speaker algérien du FLN) exhortait les Algériens au combat en vantant exagérément les prouesses des combattants algériens. Après l’effondrement de la forte organisation de la ville de Constantine que dirigeaient Mestfa Aouati et Ali Zamouche, et après l’exécution du groupe constantinois (Zigad Smaïn, Abdeslam Bekkouche et Cherif Zadi fin 1955) accusé de complot messaliste, Sawt El Arab prit en charge l’organisation de la ville de Constantine et s’adjoignit pour cela Boudjerriou Messaoud, dit Messaoud el Ksentini.
A l’issue du Congrès de la Soummam, il devint chef de zone, puis membre du commandement de la Wilaya II (nord-constantinois), lors du départ de Bentobal pour la Tunisie (1re réunion du CCE en Tunisie) lequel avait auparavant succédé à Zighoud tombé au champ d’honneur à son retour du Congrès de la Soummam. C’est en sa qualité de responsable militaire qu’il assuma alors pleinement la charge de chef de wilaya en remplacement d’Ali Kafi qui venait de partir aussi pour la Tunisie en janvier 1959. Ce sera la plus longue et la plus lourde responsabilité d’un chef de Wilaya dans l’histoire de la résistance intérieure de l’Algérie. Il faut signaler que, jusqu’au début 1959, les campements des combattants, dans ces massifs montagneux en zone interdite, avaient un air de camp de scouts.
Les ratissages étaient rares, seuls planaient, parfois à longueur de journée, des avions d’observation (mouchara) et des avions de chasse T6 qui mitraillaient tout ce qui bougeait. Mais six mois après débutèrent les terrifiantes et ravageuses opérations Challe, du nom du général qui les chapeauta avec le général Crépin, qui secouèrent un encadrement embourgeoisé de la résistance armée. Dans le Constantinois, ces opérations avaient pris le nom de «pierres précieuses».
Qu’est-ce que le Plan Challe ?
Depuis son arrivée au pouvoir en 1958, le général de Gaule prit sérieusement en main la question algérienne. Il organisa une tournée militaire en Algérie et inspecta les troupes dans des postes les plus avancés, jugés dangereux pour sa sécurité. Un plan de guerre lui est soumis, qu’il approuva. Les opérations militaires avaient pour objectifs de rompre tout contact de la population algérienne avec toutes les formes de relations avec la résistance armée ou non. Pour ce faire, il fallait déployer des interventions tous azimuts et des moyens colossaux, en renforçant et en doublant les barrages électrifiés sur les deux frontières nord. Ces barrages devinrent une terreur pour les troupes de l’armée algérienne stationnées près des frontières.
Cependant, certains braves, mais rares combattants comme le colonel Ahmed Benchérif, réussirent à franchir ces barrages et se joindre à leurs camarades de l’intérieur, prouvant ainsi que ces barrages n’étaient pas si infranchissables. Durant l’exécution du Plan Challe, la résistante intérieure resta complètement coupée de l’extérieur du pays. Les wilayas V et I sérieusement affaiblies, l’une du fait de la présence d’une dense colonie française, l’autre minée par des luttes internes fratricides, n’étaient plus un grand souci pour les généraux français.
La Wilaya VI depuis la mort de Si El Haouès montrait une faible activité politico-militaire. Seules donc les wilayas II, III et IV constituaient une préoccupation sérieuse pour l’armée coloniale. Les opérations sont lancées, début 1959, à partir de l’Ouest, en progressant vers l’Est prenant des appellations diverses : Cigale, Jumelle, Pierres précieuses. Dans cette démarche, le coup de grâce devait être assaini au nord-constantinois. Les Wilayas III et IV furent prises au dépourvu et subirent ainsi de grandes pertes, mais réussirent à opposer une résistance héroïque aboutissant à sauver les bases essentielles de leurs structures.
Ces opérations concentriques étaient précédées d’implantation de postes d’observation (guérites) essaimés dans les endroits proches des postes de commandement de la résistance dans les zones dites interdites. Ces postes sont jumelés avec des bases de commandos, troupes d’élite formées à la contre-guérilla et qui bivouaquaient dans le même secteur, le tout étant relié à des bases héliportées (les Bananes, gros porteurs aériens) qui interviennent aussitôt qu’un mouvement suspect ou qu’un accrochage est signalé. Enfin, le gros des troupes formé de paras (bérets verts, rouges et légionnaires) occupait le terrain sous un commandement unifié et passait au peigne fin tout le secteur concerné.
Au début de chaque été, les soldats ennemis semaient à leur passage dans les forêts des pastilles incendiaires qui s’enflammaient dès les premières lueurs du soleil, sans compter les fréquents bombardements au napalm. C’était la politique de la terre brûlée à outrance. La population rurale, ou ce qui en restait en zone interdite, est placée dans des centres de regroupement. Parallèlement, des campagnes massives de matraquage psychologique sont lancées en direction à la fois des combattants et de la population : tracts, discours, radio, photos de rebelles ralliés, etc.
Sans compter le travail de déstabilisation par la mise en place de réseaux infiltrés dans le domaine de liaisons et logistique, afin de semer le doute et détruire les réseaux de la résistance. Les villes sont quadrillées rue par rue dans les quartiers «arabes» par des barbelés. Chaque entrée de rue est placée sous contrôle des forces armées, pendant que des groupes de paras, déambulant sans relâche, pouvaient inspecter inopinément tout domicile de jour comme de nuit. Les arrestations et les tortures barbares sont systématiques, tout le monde est suspect. Chaque Algérien doit avouer quelque chose.
Nombreux sont ceux qui ne sont jamais revenus de ces interrogatoires. Nous en arrivons maintenant au contre-plan Challe dans le Nord-constantinois, dont la mise en œuvre revient principalement à Boubnider, un chef vaillant de cette Wilaya. Il est à noter qu’avant le déclenchement des opérations Challe-Crépin, les colonels Amirouche et Haouès étaient tombés au champ d’honneur et que les dirigeants établis en Tunisie étaient réunis, après l’élimination de Abane Ramdane dans une séance-fleuve de plusieurs mois, et confrontés à la plus grave crise du pouvoir.
Les répercussions de cette crise ont hypothéqué à jamais l’édification d’un Etat républicain démocratique civil, à l’instar des régimes politiques occidentaux. C’est nanti des expériences des Wilayas III et IV, et renseigné par des documents militaires secrets relatifs à la conduite de ces opérations que le commandement de la Wilaya II (Nord-constantinois) prit des décisions qui permirent de sauver la résistance intérieure d’une issue fatale. Boubnider se retrouva donc pratiquement seul avec deux adjoints : Hocine Rouibah (un compagnon de Abane Ramdane) et Bouderbala Tahar pour affronter les opérations Challe. Une réunion, tenue à Ouled Asker (commune de Taher, Jijel) et où assistèrent les chefs de zones, déboucha sur un certain nombre de dispositions.
A cet effet, un rapport fut établi à l’attention de la direction extérieure faisant état des besoins urgents en matériels et techniciens de guerre. Hachemi Hadjerès, chef de la zone IV (devenu général après l’indépendance) fut chargé de remettre ce rapport aux dirigeants établis en Tunisie. Ce rapport non seulement n’a eu aucun écho, mais son porteur, demeuré en Tunisie, se retournera contre sa propre Wilaya le jour de l’indépendance. Quoi qu’il en soit, des décisions importantes furent prises. Elles visaient en premier lieu une décentralisation du pouvoir : chaque responsable, là où il se trouve, doit prendre seul la décision adéquate à la situation et aux problèmes rencontrés.
Ensuite, les structures organisationnelles sont éclatées et les combattants sont sommés de se disperser et de former des petits groupes mobiles dans les espaces qu’ils connaissent le mieux. Ordre est aussi donné pour éviter impérativement tout accrochage avec les forces ennemies. Les cadres et les secrétariats sont affectés dans leur secteur d’origine pour mieux exploiter leurs compétences et leur connaissance du terrain.
Le comité de douar, composé normalement de cinq membres, se voit confier la lourde charge d’assurer à la fois les liaisons et la logistique des groupes et des sections de combat. Des caches sont spécialement aménagées par des éléments sûrs afin de préserver archives, documents et objets importants parfois difficiles à transporter, comme l’armement lourd. Les villes, les villages et même les centres de regroupement font de leur côté l’objet d’un renforcement organisationnel en vue de mener des actions armées ou de s’approvisionner en tout besoin.
Constantine connut une attention particulière, érigée en Zone autonome (Zone V) sous la responsabilité de Boudjerriou Messaoud dit El Ksentini, se voit renforcer en cadres pour mener le combat à l’intérieur même de la ville qui s’embrasa avec succès au point qu’elle fut dénommée la «citadelle du fida». Elle devint aussi la ressource principale du budget de guerre, dont une partie provenait de la Fédération FLN de France.
Au maquis, les combattants jouèrent au chat et à la souris. C’est ainsi, par exemple, que durant trois mois 50 000 soldats ennemis engagés dans l’encerclement et le ratissage du massif de Collo ne réussirent pas une seule fois à accrocher un groupe de maquisards. Les généraux coloniaux, chargés de coordonner ces opérations, devenaient fous de rage. En effet, toute leur force de frappe était basée sur le contact physique avec les combattants. Que de moyens colossaux dépensés sans résultats !
Le Plan Challe s’éternisa dans le Nord-constantinois, il dura jusqu’au 19 mars 1962. De Gaulle ne s’attendait pas à cette longueur qui dépassait en durée la limite donnée par ses généraux. Cela coûtait énormément cher au peuple français qui ne voulait plus supporter le diktat militaire, d’autant que la pression internationale menée par les USA devenait de plus en plus forte, ce qui amena de Gaulle à la table des négociations. Les explosions populaires du 11 décembre finirent par saper le moral de ses troupes et booster celui des combattants algériens.
Quel rôle a joué Boubnider Salah dit Sawt el Arab ?
D’abord, c’est un homme courageux, fonceur vivant au milieu des combattants, partageant avec eux nourriture, gîte et cigarettes. Comme Zighoud Youssef, il était un exemple à suivre. A noter au passage que la Wilaya II, grâce à ses dirigeants successifs comme Didouche Mourad, Zighoud Youssef, Bentobal Lakhdar, Ali Kafi et surtout Salah Boubnider était une wilaya tolérante, même moderne. C’est ainsi que le carême, la prière et autres pratiques religieuses étaient considérés comme une affaire strictement personnelle et étaient peu suivis. Les mariages, fiançailles, visites familiales, cigarettes, tabac à priser étaient autorisés. En plus, dans cette Wilaya il n’y avait pas de gradés militaires, pour respecter les vœux de Zighoud qui disait : «Notre guerre est menée par des militants politiques». Il soutenait l’idée de la primauté du politique sur le militaire, telle qu’avancée par Abane Ramdane lors du Congrès de la Soummam.
Ensuite, à la mort de Hocine Rouibah, le responsable politique de la Wilaya, un homme éclairé et instruit (compagnon de Abane Ramdane)
Boubnider resta presque seul à sillonner inlassablement de long en large la wilaya, désignant de nouveaux responsables pour combler le vide laissé par leur disparition, encourageant ceux en place à plus d’activités, et fait même sortir de leurs trous ceux qui se terraient pour sauver leur peau.
Sur d’autres plans, il favorisa la promotion des jeunes cadres instruits, dont certains occupèrent de hautes fonctions au lendemain de l’indépendance. Malheureusement, bon nombre d’entre eux périrent au combat auprès de leurs frères, comme ce fut le cas entre autres de Saïd Bentobal, Bachir Lekhal, Mohamed Boubazine, Bachir Bennacer, Amar Rouag, Kahal Abdelaziz, Fadila Saâdane, Meriem Bouatoura, Kouicem Abdelhak. Ce dernier mourut deux jours avant le cessez-le-feu. Et bien d’autres, car la liste est longue et qu’il faudra bien les sortir un jour de l’anonymat pour les inscrire dans la mémoire des générations futures afin qu’elles mesurent à sa juste valeur le sacrifice de tous nos martyrs. En un mot, Boubnider porta à la force de ses bras toute une wilaya durant les moments les plus durs de la résistance algérienne.
A l’indépendance, il fut arrêté par les forces au service de l’état-major des frontières ; relâché par Ben Bella, il fut arrêté encore une fois par ce dernier en compagnie de Boudiaf avec qui il fonda le PRS (Parti de la Révolution Socialiste).
En 1964, il est désigné par Boumediène comme membre du Commandement arabe uni au Caire et après le 19 Juin 1965 il fut membre du CNR (Conseil national de la révolution) et du secrétariat exécutif du FLN. Il tenta en vain de sauver le parti du FLN et le syndicat UGTA, en tant que forces vives du peuple, mais un coup de colère du colonel Tahar Zbiri (chef d’état-major de l’ANP) contre son promoteur Houari Boumediène fit capoter ces tentatives, laissant ainsi le champ libre au groupe d’Oujda, lequel excellait dans l’art de chatouiller l’ego démesuré de Boumediène.
Boubnider se retira ensuite pour s’occuper de ses affaires ; cependant, le devoir le rattrapa en 1994, année où il fut choisi par les représentants des partis agréés pour présider la Commission nationale des élections, une tâche dont il s’acquitta avec brio.
Désigné ensuite sénateur par le président Zerroual, il démissionna du Sénat avec deux de ses compagnons, le commandant Rabah Zerrari «dit Azzedine» et Brerhi Abdelhak (ex-ministre de l’Enseignement) en s’opposant à l’adoption de la loi qui pénalisait la presse nationale. A la démission du président Zerroual, il fonda, avec ses deux compagnons précités, un mouvement de rassemblement des forces républicaines dénommé le CCDR (Comité de coordination pour la défense de la République), lequel mouvement fut sollicité par un clan du pouvoir pour servir d’assise à la candidature officielle de Abdelaziz Bouteflika à la présidence de la République.
Malgré de fortes pressions exercées sur lui en sa qualité de président, il soutint le refus du CCDR à la proposition de ce clan. Au lendemain de ce refus, un seul coup de fil a suffi pour que le secrétaire général du FLN, de cette époque, fasse une déclaration solennelle de soutien à la candidature à la présidence du Président actuel.
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Re: Post-it: Les Héros de La Résistance Algérienne [1830-196

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Il y a 10 ans disparaissait Mahfoud Bennoune: De l’intellectuel maquisard à l’anthropologue engagé
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De l’intellectuel maquisard à l’anthropologue engagé: Il y a 10 ans l’Algérie perdait l’un de ses intellectuels majeurs.
Un chercheur boulimique, doublé d’un fervent militant de la liberté. Mahfoud Bennoune, c’est à la fois un ancien officier de l’ALN, un opposant farouche lorsque, à l’été 1962, il s’engagea aux côtés de Boudiaf pour dénoncer le coup de force de l’état-major contre le GPRA, et un anthropologue passionné de l’Algérie dont les travaux sur la paysannerie, sur le système industriel sous Boumediène, sur la condition féminine et le «néopatriarcat», ou encore ses recherches en anthropologie politique feront date. C’était un véritable «intellectuel public», selon la formule du politologue britannique Hugh Roberts, un peu à la manière dont Mohamed Dib aimait à se définir durant la période coloniale en se déclarant «écrivain public», c’est-à-dire un intellectuel «sous contrat» avec son peuple.
Selon des éléments biographiques que sa fille Karima a eu l’amabilité de nous fournir, Mahfoud Bennoune est né le 9 avril 1936 à El-Akbia (El-Milia), village auquel il consacrera d’ailleurs tout un livre sous le titre : El Akbia, un siècle d’histoire algérienne (OPU, 1986). Le jeune Mahfoud grandit dans une famille nationaliste proche du PPA-MTLD et foncièrement engagée dans le combat indépendantiste. Il s’installe rapidement à Alger où il fait l’essentiel de sa scolarité, tout en militant au sein du MTLD.
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Le périple d’un universitaire atypique
A la signature des Accords d’Evian le 18 mars 1962, Mahfoud Bennoune est nommé membre de la commission mixte du cessez-le-feu installée à Boumerdès (ex-Rocher noir). Il est chargé des relations avec le groupe FLN siégeant dans l’Exécutif provisoire. Opposé au «putsch» de l’EMG contre le GPRA, il est reversé dans le «civil». Il s’allie avec Boudiaf qui fonde le PRS, le parti de la révolution socialiste. La situation qui prévaut suite à la crise de l’été 62 et le triomphe du «groupe d’Oujda» le pousse à l’exil à partir de 1963.
Mafhoud Bennoune décide, alors, de se consacrer à une carrière universitaire. Il poursuit des études en sciences sociales, d’abord à Paris où il obtient un DES en histoire à la Sorbonne. En 1967, il entame un cycle d’études supérieures aux Etats-Unis où il est admis à la Wayne State University.
En 1976, il soutient une thèse de doctorat en anthropologie à l’université de Michigan. Sa thèse portait sur «L’impact du colonialisme et de l’émigration sur la paysannerie algérienne». Le professeur Bennoune enseigne dans cette même université de 1970 à 1977, année où il rentre en Algérie. Il enseigne ensuite à l’Institut de sociologie de l’université d’Alger. En 1979, il est nommé directeur de l’Institut des techniques de planification et d’économie appliquée, poste dont il démissionne en 1981. En 1992, il est nommé membre du Conseil consultatif national.
Chercheur insatiable et prolifique, Mahfoud Bennoune est l’auteur d’un nombre important d’ouvrages, d’études et d’articles spécialisés. Parmi ses livres, L’an 2000 du Tiers- Monde : développement ou régression (OPU, 1985), La construction de l’Algérie contemporaine. 1830-1987 (Cambrige University Press, 1988), Le hasard et l’histoire. Entretiens avec Bélaïd Abdesselam (coécrit avec Ali El Kenz, ENAG, 1990). Esquisse d’une anthropologie de l’Algérie politique (Marinoor, 1998), Les Algériennes victimes d’une société néopatriarcale (Marinoor, 1999), Education, culture et développement (ENAG/Marinoor 2000).
En 1955, il rejoint les maquis de l’ALN dans le Nord Constantinois. Il est aussitôt adoubé par les chefs de la Wilaya II.
Zighoud Youcef et Lakhdar Bentobal le chargent de missions politiques. Il est désigné comme officier de liaison entre la Wilaya II et le CCE, un statut qui lui permettra d’être régulièrement en contact avec Abane Ramdane. A ce titre, il s’impliquera activement dans la préparation du Congrès de la Soummam. Arrêté lors d’une mission à Alger, il est fait prisonnier de guerre pendant plus de quatre ans.
Son père, Si Lakhdar, ainsi que deux de ses frères, Ali et Amar, seront froidement exécutés entre-temps par l’armée coloniale.
Deux jours après sa disparition, l’université de Michigan a institué un prix «Mahfoud Bennoune» décerné aux meilleurs chercheurs en sciences sociales qui consacrent leur thèse aux problématiques du Maghreb.
Dans un hommage publié par la revue Insaniyat peu après sa mort, Hugh Roberts, disséquant le précieux patrimoine scientifique légué par Mahfoud Bennoune, dira de lui : «De sa thèse sur l’émigration des montagnards originaires de la société disloquée du Nord-Est algérien, ses articles sur la paysannerie algérienne et notamment son étude de son village natal, son essai sur le devenir du Tiers-Monde (…) tous les travaux de Mahfoud Bennoune (…) ont porté le sceau de l’engagement politique aussi bien que scientifique, celui d’un ‘‘intellectuel public’’ qui mettait inlassablement son énergie au service de l’intérêt général tel qu’il le concevait plutôt qu’au service d’une théorie abstraite quelconque, et encore moins de sa carrière et de son intérêt personnel.»
«Humaniste, anti-impérialiste et féministe»
Sollicitée pour nous livrer un témoignage sur son père, Karima Bennoune, aujourd’hui professeur de droit international à l’université de Californie, nous gratifie de trois feuillets aussi précis qu’émouvants. «C’est difficile de résumer la vie d’une personne comme Mahfoud Bennoune», écrit-elle. «Il a toujours été un intellectuel engagé. Ce qui était important pour lui, c’était d’utiliser le savoir dans le projet de construire et d’améliorer sa société». «Il était humaniste avant tout, antiraciste, anti-impérialiste, et à partir d’un certain âge il est devenu également féministe», poursuit-elle.
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Karima ne manque pas de souligner le tempérament jovial de son père, même devant les pires épreuves : «Ce que je n’oublierai pas, c’est que même avec tout ce qu’il a vécu pendant la guerre de libération et les années 90 — la torture, la terreur, l’emprisonnement, les menaces, les assassinats de ses proches et de ses amis —, il trouvait la force de rire et de sourire comme personne d’autre, avec enthousiasme et chaleur.» Karima n’a qu’un seul regret : le fait que les ouvrages de son père ne soient plus disponibles. «Actuellement, je mène une recherche sur les intellectuels algériens des années 90’ et j’ai trouvé que nous sommes en train de perdre leur œuvre, ce qui est une deuxième tragédie (…). Ce projet m’a fait comprendre que si on veut vraiment rendre hommage à Si Mahfoud, il faut republier ses livres qui sont presque introuvables dans les librairies d’Alger aujourd’hui», plaide-t-elle.
Dans la foulée, elle annonce le lancement d’un site dédié à la sauvegarde, justement, de l’œuvre de son père. «Je viens juste de lancer un projet de récolte de ses écrits sur un site, www.mahfoudbennoune.com, pour que les gens puissent accéder librement à ses écrits, et je continuerai ce travail jusqu’au 9 avril 2016, ce qui aurait été son 80e anniversaire», confie-t-elle. Et d’ajouter : «Mon père est mort suite à une longue maladie il y a exactement 10 ans. Mais chaque fois que je reviens en Algérie, il me semble que je le retrouve toujours, surtout parmi celles et ceux qui continuent à lutter pour une Algérie vraiment démocratique, où il n’y a ni autocratie ni obscurantisme, où les droits du peuple qu’il aimait sont respectés. A mon avis, ce sont ces luttes démocratiques qui portent aujourd’hui l’esprit et l’espoir de Mahfoud
Bennoune.»
L’anthropologue baroudeur peut reposer en paix : sa fille est la digne continuatrice de son œuvre. «Il était content quand je suis devenue une Professeure Bennoune comme lui. Mais pour moi, ‘‘Professeur Bennoune’’ ne peut-être que Si Mahfoud. J’étais et je suis très très fière d’être sa fille, et quelque part son étudiante aussi.» Au vu de la qualité de son travail, comme en témoigne son livre magistral Votre fatwa ne s’applique pas ici, qui comporte un gros travail de mémoire sur les victimes de la décennie noire, on ne peut que constater avec bonheur la persistance de la flamme résistante de Si Mahfoud. Au risque de la contredire, la pupille de ses yeux a tout d’une Professeure Bennoune !
http://www.jijel.info/il-y-10-ans-dispa ... -bennoune/
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