Missiles : MBDA croit au Brimstone sur Rafale
Vue d'artiste d'un emport de six Brimstone sur Rafale.
Et si c'était l'armement de précision qui manque aujourd'hui encore au Rafale ? Il faut dire qu'entre le canon de 30 mm et la bombe de 250 kg, l'avion de combat français ne dispose pas d'une munition à effet collatéral réduit, comme l'avait démontré l'opération Harmattan en Libye. Dès 2011, les équipes britanniques de MBDA avaient donc approché Dassault, la DGA et l'armée de l'Air pour proposer leur solution au problème : le missile air-sol Dual Mode Brimstone (DMB), un petit armement de 50 kg à guidage hybride radar et semi-actif laser qui s'était brillamment illustré pendant l'opération, où il était mis en oeuvre par les Tornado GR4 de la Royal Air Force.
Techniquement, la faisabilité de l'opération semblait ne faire aucun doute. "Sur Rafale, il est possible de réaliser une première intégration a minima en 12 mois environ", confirmait Adrian Monks, à la tête de l'unité "Short Range Surface Attack" chez MBDA, lors d'un briefing donné à l'occasion de la conférence "Delivering Precision Effects in a Complex Environment" organisée par la 3AF et qui s'est tenue à Paris du 27 au 29 novembre.
Cette intégration "en urgence" porterait sur l'emport de six missiles en point 2 de voilure, sur des adaptateurs triples similaires à ceux aujourd'hui utilisés par les Tornado. Une solution qui ne permettrait plus en revanche d'emporter d'AASM pendant la même mission, ceux-ci étant également intégrés à cet endroit de la voilure sur Rafale.
En revanche, une intégration plus poussée du Brimstone sur Rafale permettrait d'envisager "un emport maximal de 12 missiles", selon Adrian Monks. Ce qui pourrait être obtenu en ouvrant les points 3 de voilure (proches des missiles Mica en bout d'aile), aujourd'hui inutilisés, ou bien encore les points latéraux de fuselage arrière aujourd'hui réservés au missile air-air Mica et, demain, au Meteor.
Pourquoi l'intégration du Brimstone ne s'est-elle pas faite en 2011 ? Aucune réponse officielle n'émerge, mais chacun y va de sa petite explication. Pour les détracteurs de la solution britannique, la note se présentait comme trop salée : d'abord pour l'intégration elle-même, que certains chiffrent à environ 100 millions d'euros pour l'emport de six missiles ; ensuite à cause du coût unitaire du Brimstone, qui s'avèrerait plus élevé que celui de l'AASM dans ses versions les plus complexes (laser et infrarouge). Qui plus est, Sagem voyait logiquement d'un très mauvais oeil l'arrivée sur le Rafale d'un missile concurrent, alors que l'industriel français tente depuis des années d'obtenir le financement d'un AASM "light" de 125 kg, à effet collatéral réduit, dont la faisabilité technique a déjà été démontrée.
Autre explication possible : les performances très moyennes de la nacelle de désignation Damocles dans l'identification de petites cibles en environnement urbain n'auraient pas permis de reproduire sur Rafale les performances obtenues par le trio Tornado GR4/nacelle Litening/Brimstone pendant l'opération Harmattan. D'où une réticence de la partie française à financer l'intégration du missile, si les "yeux" de l'avion ne suivaient pas. C'est pourquoi, côté britannique, on dit aujourd'hui attendre la fin de la décennie et l'avènement du standard F3-R (avec la nouvelle nacelle PDL NG) pour "ré-attaquer" le dossier Rafale. A moins qu'un client export n'impose de le mettre sur le tapis entretemps...
D'autres opportunités existent pour le Brimstone sur le marché français. Lors de la conférence de la 3AF, le missilier présentait une vue d'artiste (ci-dessus, crédit MBDA) illustrant l'emport de six missiles sur un hélicoptère Tigre. A l'horizon 2020-2025, il faudra en effet trouver un remplaçant à l'AGM-114 Hellfire américain pour équiper les Tigre HAD de l'armée de Terre. Mais le Brimstone pourrait ici rencontrer une concurrence interne, puisque les équipes françaises de MBDA mettent en avant un futur MLP "missile longue portée" directement dérivé de l'antichar MMP dont il pourrait reprendre plusieurs sous-systèmes.
A court terme, MBDA ambitionne aussi de placer son Brimstone sur le drone MQ-9 Reaper ; un premier tir d'essai depuis cette plateforme doit avoir lieu très prochainement. L'objectif étant non seulement d'équiper les Reaper de la Royal Air Force, mais aussi ceux de l'US Air Force. Et pourquoi pas, demain, les Reaper de l'armée de l'Air...